CHAPITRE V
Oq presse M. de Saint-Cyraa de s'expliquer sur la matière de la contrition et l'attrition. Il écrit quelques lettres sur ce sujet.
M. de Saint Cyran croyait avoir satisfait à tout ce que l'on pouvait raisonnablement désirer de lui par l'écrit qu'il venait de donner à M. Lescot, mais on ne se contenta pas de cette première démarche. Ceux qui l'avaient fait arrêter voulurent absolument qu'il s'expliquât un peu plus particulièrement sur la matière de la contrition. Et comme ses amis savaient très bien qu'il ne s'était jamais arrêté à cette difficulté dans la conduite des âmes, dont il examinait la conversion par de dignes fruits de pénitence plutôt que par ces mouvements intérieurs qui ne sont connus que de Dieu seul, et qu'il ne prétendait point faire en cela plus que le Concile de Trente, qui avait laissé la chose indécise, ils le portèrent à ne pas refuser cette consolation à leurs prières et aux soins que M. de Chavigny prenait de lui, à qui il pouvait écrire une lettre sur ce sujet.
Il eut de très grandes peines à s'y résoudre, mais il le fît à la fin, et manda à ce secrétaire d'Etat, son ami, le 14 mai 1640, que comme disciple de l'Église, il faisait profession de la suivre en toutes choses, et qu'ainsi puisqu'elle n'avait pas décidé ce point, et qu'elle laisse à ses enfants la liberté d'en tenir ce qu'ils voudront, comme le témoigne assez M. de Genève, il ne croyait pas devoir prévenir ses jugements, mais plutôt laisser cette question au même état où elle l'a laissée, reconnaissant avec elle que les deux opinions sont probables, savoir : l'une que la contrition est nécessaire, l'autre qu'elle est suffisante' avec le sacrement; qu'il était très véritable que dans la pratique il avait suivi l'un et l'autre, s'accommodant à la disposition des pénitents, sans leur demander autre chose sinon qu'ils aient une douleur sincère d'avoir offensé Dieu, et un vrai désir de changer de vie, les absolvant après cela sans aucune crainte, soit qu'ils aient contrition ou attrition, dont il ne se mettait nullement en peine, sachant que cela doit être décidé devant le tribunal de Dieu, et non devant celui des prêtres, puisque ce sont des mouvements intérieurs de la grâce de Dieu que lui seul est capable de connaître et de discerner, la lumière des hommes ne pouvant aller plus loin que d'en distinguer les objets. Que pour lui parler encore plus clairement et lui faire voir qu'il était très éloigné de vouloir rien déguiser à son Éminence, il lui répéterait qu'il tenait que l'opinion de ceux qui croyaient que l'attrition suffit, est probable, comme celle de ceux qui croient qu'elle ne suffit pas, ne voulant pas juger ni de l'une ni de l'autre, puisque l'Eglise n'a pas encore jugé, et qu'il était très éloigné de condamner ceux qui tiennent pour l'attrition ; qu'il condamne même ceux qui les condamnent, parce qu'ils agissent contre l'unité de l'Église, et la troublent et divisent, en jetant des scrupules dans les consciences, lorsqu'ils entreprennent de décider ce qu'elle n'a pas encore décidé, et qu'il était prêt d'embrasser aussitôt qu'elle le décidera, etc.
M. de Saint-Cyran n'eut pas plutôt écrit cette lettre, qu'il en témoigna de la peine, non parce qu'elle ne produisit aucun effet pour sa liberté, qu'il n'attendait que de Dieu seul,
1. Ne faut-il pas lire : l'autre que l'attrition esl suffisante?