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LIVRK II 131
d'en rendre raison devant le tribunal d'an juge inflexible. Cependant ceux qui ont quelque équité ne pourront sans indignation lire que l'on ait pris ce prétexte pour retenir si longtemps dans les liens l'un des plus grands hommes qui fût dans l'Eglise, quoique les moindres bacheliers en théologie aient soutenu, dans leurs thèses signées et approuvées de la main des ennemis de M. de Saint-Cyran, la même doctrine de la contrition dont on lui faisait un crime énorme, et qu'ils aient défendu cette vérité dans la maison même de Sorbonne dont le cardinal de Richelieu se disait comme le second fondateur.
CHAPITKP] VU
Livre du P. Antoine Sirmoud, jésuite, intitulé : Défense de la Vertu, imprimé en 1640.
On a rapporté tout de suite les choses les plus considérables de la prison de M. de Saint-Cyran, afin de ne les pas entrecouper par la suite des années. Il faut maintenant revenir aux autres événements de l'Eglise, selon l'ordre des temps, et reprendre le tissu de cette histoire, en rapportant les contestations qui y ont été agitées sur le sujet de la doctrine.
En l'an 1641, il y avait un professeur en philosophie, nommé Antoine Sirmond % neveu du P. Jacques Sirmond, confesseur du roi Louis XIII, de glorieuse mémoire. Soit que ce jeune régent, assez peu connu en ce temps-là dans le monde, voulût acquérir de la réputation à quelque prix que ce fût, soit que le rang que tenait son oncle auprès de de la personne de Sa Majesté lui enflât le cœur, soit que le zèle pour sa compagnie le portât à se signaler pour la défense de la vérité, quoi qu'il en soit, il s'avisa d'être auteur et de publier un livre intitulé : La Défense de la Vertu. Mais jamais il n'y eut de titre qui convint moins que celui-là à un ouvrage, car comme il n'y a point de vertu sans amour
1. Antoine Sirmond (1391-1643), jésuite, professeur de théologie et prédicateur. Ce « jeune régent » avait alors cinquante ans; il est vrai que son oncle, Jacques Sirmond, mourut, en 1631 a l'âge de 92 ans.
de Dieu, que le Prophète royal appelle le Dieu des vertus, et que toutes les vertus se réduisent, selon saint Augustin, à la seule charité, ce jésuite, qui était encore assez jeune et qui paraissait ne savoir que fort médiocrement la plus commune théologie, eut la témérité de vouloir détruire par ce petit ouvrage l'obligation d'aimer Dieu, en éloignant l'esprit de la Loi nouvelle, qui est un esprit d'amour, et abolissant par de vaines subtilités ce grand commandement qui est la fin et la consommation de toute l'ancienne loi et des prophètes.
Cet attentat qui a eu des suites pernicieuses et qui a été renouvelé,, comme par une espèce de conspiration, dans ces derniers temps, surprit tous ceux qui avaient un véritable désir de leur salut, et qui avaient été pénétrés de l'anathème que saint Paul prononce contre ceux qui n'aiment pas N.-S.-J.-C. Mais ce jésuite crut la conjoncture trop favorable pour ne pas pousser la nouvelle doctrine de sa compagnie sur la suffisance de l'attrition avec le sacrement aussi loin qu'elle pouvait aller ; et voyant qu'on retenait des théologiens en prison, à cause qu'ils soutenaient qu'il n'y avait pas de conversion ni de pénitence sans amour de Dieu, il crut pouvoir avancer sur ce sujet les propositions les plus horribles, sans en devoir craindre la censure, parce que ceux qui en étaient les arbitres souverains se garderaient bien de donner cet avantage aux personnes qu'ils accablaient sous prétexte de la doctrine de la contrition qui établit la nécessité de l'amour.
Cet auteur, après avoir loué ceux qui trouvent le joug de de l'amour de Dieu doux et aimable comme on louerait ceux qui pratiquent quelque conseil évangélique, se propose cette question. « On demande, dit-il, au regard des autres, et en considération de ceux qui sont rebelles à la lumière, quand est-ce qu'ils sont tenus de se rendre. Et puisque nous avons un commandement d'aimer Dieu, oblige-t-il toujours, comme les préceptes négatifs, tellement qu'il y aille de la mort éternelle si nous ne respirons continuellement et actuellement l'air de la vie éternelle, qui est de connaître et d'aimer Dieu. Oh certes nenny! Dieu nous a obligés à l'aimer avec plus de douceur, et s'est montré en cela d'autant plus aimable. Comment donc? les préceptes affirmatifs n'obligeant qu'en certain temps, que dirons-