‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 119 sur 522 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Florent Conrius*, de l'ordre des Frères mineurs de l'Observance, archevêque de Tuam en Hibernie, intitulé : Le -pèlenn de Hiérico, dans lequel l'auteur expliquait l'heureuse réation de notre nature, sa malheureuse chute, ses blessures déplorables et son rétablissement par la miséricorde de Dieu. Getouvrage n'était qu'un tissu de passages de saint Augustin qui expliquait la doctrine de ce Père, et Théodore Macnamène, hibernois, le dédia au pape Urbain VIII.

On joignit à ce livre les censures des Facultés de Louvain et de Douai touchant quelques écrits dictés à Louvain sur l'Écriture sainte, la grâce et la prédestination, en Tan 1586. Et quelque temps après on fît aussi imprimer : Justification ou défense de la censure de la sacrée Faculté de théologie de V Université de Louvain, contre les propositions de quelques professeurs jésuites, touchant VEcriture sainte, la prédestination et la grâce de J.-C, dressée par V ordre des révérendisslmes et illustrissimes évêques du Pays-Bas.

Et on publia aussi la même année le Songe d'Jlippone sous le nom de Philetyme, bachelier formé en théologie, qui était un jeu d'esprit pour faire plaider la cause de ce différend devant le tribunal de saint Augustin, qui fut depuis augmenté et imprimé sous un autre titre, savoir celui de Conventus africanus, M. Fromond auteur.

Mais il était plus malaisé de se défendre de la politique des jésuites que de décider avec eux cette question par les armes de la théologie. Ils voulurent oublier en un instant le grand nombre de livres que leurs Pères avaient écrits en ce siècle sur la matière de la grâce, et firent un crime à M. d'Ypres d'en avoir fait un, l'accusant d'avoir troublé la paix commune qui était si nécessaire, principalement dans la conjoncture des affaires et de l'inquiétude du temps présent. Car comme ils voulaient se conserver dans une paisible possession de faire régner Molina* dans toutes les écoles du monde, il fallait intéresser le Saint-Siège et tous

1. Florent Conrius ou Gocri (1560-1629) fut envoyé par le pape Clément Vlll eu Irlande pour y soutenir la cause catholique, mais proscrit, il dut retourner en Espagne où il mourut.

2. Louis Molina (1533-1601). Ce jésuite, qu'il ne faut pas confondre avec Antoine Molina le Chartreux, mort en 1612, ni avec le quiétiste Michel Molinos (1627-1696), fit imprimer en 1589 un ouvrage latin sur l'accord du libre arbitre et de la grâce qui a été la cause première de toutes les discussions théologiques du xvii<> et dii itViii« siècles.

les princes de l'Europe dans la défense de leur cause, et rendre Jansénius odieux à toute la terre, pour avoir osé renouveler une dispute qui ne leur avait jamais été avantageuse quand elle s'était faite dans les règles.

Cependant ce moyen leur fut plus avantageux que tous les autres : la cour romaine approuva leur crainte. Il s'y fit un décret de l'Inquisition, le 4 mars 1641, où le pape renouvela le décret de Paul V, qui ordonnait à tous les nonces de faire savoir à tous les supérieurs d'ordres, universités et ordinaires de leur nonciature, défense d'imprimer rien sur la matière de la grâce, même sous prétexte de faire des commentaires sur saint Thomas ; et M. le cardinal Barberin en écrivit le 21 juin de la même année à M. l'archevêque de Malines*, au sujet de ces livres contre M. d'Ypres.

Le 6 juillet suivant, le pape donna aussi un bref pour cet effet, et l'adressa au cardinal-infant, en se plaignant des écrits qui avaient été faits de part et d'autre, et l'exhortant à contribuer [par] ses soins pour empêcher que ce feu ne s'allumât davantage; et le premier jour d'août de la même année, on défendit, par un décret de l'Inquisition, l'impression et la lecture du livre de Jansénius, les thèses des jésuites de Louvain, la plupart des écrits que nous venons de rapporter, et généralement tous les ouvrages qui avaient été publiés et se publieraient à l'avenir pour et contre cet évêque. M. le cardinal Grimaldi*, alors nonce en France, ayant aussi reçu ce décret, l'adressa à M. l'archevêque de Reims, Léonor d'Estampes de Valençay', par une lettre du 23 août 1641, pour le porter à le faire observer dans sa province.

Les jésuites eussent été pleinement victorieux si la chose en fût demeurée là. Ils auraient été dispensés d'un combat dont l'événement ne leur pouvait être que très douteux. Mais du moins ils avaient l'avantage d'avoir engagé Rome de bonne heure, et cette première démarche leur était un gage de ce qu'ils en devaient espérer à l'avenir.

1. Jacques Boonen (1573-1635), fut évêque de Gand, puis archevêque de Malioes.

2. Jérôme Grimaldi (1597-1685), gouverneur de Rome, évêque d'Albano en 1628, et archevêque d'Aix en 1648.

3. Léonor d'Étampes- Valençay (1588-1651), évêque de Chartres, puis archevêque de Reims.

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