‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 132 sur 522 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

L'assemblée générale du clergé, qui se tenait alors à Mantes, comptait encore au nombre de ses principaux députés M. l'archevêque de Sens, Octave de Bellegarde; M, l'archevêque de Toulouse, Charles de Montchal', et M. de Bazas, Henri Litolfi Maroni*, que les ordres du roi renvoyèrent dans leurs diocèses, parce que le ministre ni ses sulbaternes dans le maniement des finances n'avaient pu souffrir qu'il y eût encore dans ce corps hiérarchique quelque reste de vigueur épiscopale. — Le vendredi 12 avril 1642, à huit heures du matin, la messe célébrée, M. l'archevêque de Toulouse présidant, après que les commissaires députés pour examiner les trois livres du P. Bauny et celui du P. Cellot, jésuites, eurent fait leur rapport, et que l'on eût opiné par provinces, il fut résolu, d'une commune voix, que ces livres étaient sujets à la censure, et comme la compagnie les censurait, ayant trouvé que celui du P. Cellot contenait une doctrine nouvelle, téméraire, fausse, pernicieuse et séditieuse, tendante à diminuer l'autorité du Saint-Siège, à former des schismes dans TÉglise, soutenant les inférieurs contre les supérieurs, à confondre la hiérarchie et l'ordre que Notre Sauveur Jésus-Christ a établi dans son Eglise, à renverser la discipline des anciens canons que l'auteur n'entend pas, et mettre en mépris les nouveaux, par des propositions absurdes et fausses. Et pour ceux du P. Bauny, qu'outre les susdites qui leur conviennent, ils portent les âmes au libertinage, à la corruption des bonnes mœurs, et violent l'équité naturelle et le droit des gens, excusent les blasphèmes, usures, simonies, et plusieurs autres péchés des plus énormes, comme légers. »

La Faculté de théologie tâcha aussi de s'acquitter de son devoir; elle fit imprimer des extraits des propositions de Bauny, nomma des commissaire^ pour l'examiner, qualifia chaque proposition en particulier, et dressa une censure. Mais comme elle était alors dans la dépendance du cardinal de Richelieu, qui était sur la frontière, elle voulut donner des marques honteuses de sa servitude par cette lettre.

1. Charles de Montchal, archevêque de Toulouse et auteur de Mémoires (1589-1651).

2. Henri de Litolfi Maroni, évêque de Bazas en 1634, mort en 1645.

Du 1" août 1641.

Monseigneur.

Le sage fils de Sirac a parfaitement bien dit que les hommes se chargent d'une grande occupation, et qu'il y a un joug pesant qui presse les misérables enfants d'Adam, Or il nous semble, Monseigneur, que dans la rencontre présente, on peut fort bien entendre par ce joug, cette monstrueuse masse de nouveaux livres dont nous sommes accablés, que l'on peut appeler des faux volantes qui moissonnent la beauté des champs de l'Église et détruisent tout l'ornement du Carmel. Mais l'on peut mieux dire que ce sont les épines et les chardons que produit cette terre maudite de Dieu, en punition des péchés des hommes. Notre Faculté, Monseigneur, travaille toujours à les déraciner autant qu'elle peut. Mais c'est à Votre Éminence à faire l'office de cette colonne de feu qui, accompagnant les Hébreux, faisait mourir les serpents, et brûlait les épines qui se rencontraient dans leur chemin. Les méchants livres sont les épines dont il est nécessaire de délivrer le christianisme. Il s'en vend un publiquement, composé par le P. Etienne Bauny, dont les erreurs et les maximes corrompues que nous y avons remarquées, avec les falsifications qu'il fait des auteurs qu'il cite, vous seront fidèlement rapportées par M. Lescot, notre confrère, et qui est particulièrement attaché à votre service, s'il plaît à Votre Eminence de l'écouter comme nous l'en supplions très humblement, afin que la censure qu'il y a longtemps que nous avons formée contre ce livre dans nos assemblées ordinaires puisse enfin paraître au jour, ce qui ne peut être que très heureux à toute l'Église, comme il est fort désiré'depuis longtemps de tous les gens de bien. Vous obligerez par là infiniment notre Faculté, et vous l'engagerez à offrir encore plus ardemment ses prières à Dieu pour notre roi très chrétien, et pour votre personne sacrée.

Monseigneur, de Votre Éminence, les très humbles et très obéissants serviteurs, les doyen et docteurs de la Faculté de théologie de Paris.

De votre Sorbonne, le l*' août 1641.

L'affaiblissement de la Faculté, qui paraît par cette lettre si basse et si indigne de ce corps célèbre, fut la cause de la

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