LIVRE II
suppression de la censure. Le cardinal de Richelieu se trouva fort éloigné d'en accorder la publication à la prière de ces docteurs si respectueux et si humbles, qui faisaient gloire d'oublier leur ancienne et naturelle liberté pour se soumettre à son pouvoir. Il ne se mit pas fort en peine de leur répondre par écrit, parce que les grandes occupations de son ministère, qui ne l'empêchaient pas néanmoins de faire jouer et de composer des comédies, ne permettaient pas qu'il se donnât ce loisir, et lui avaient même fait obtenir un bref du pape qui l'avait dispensé de la récitation de son office, par une faveur spéciale qui lui avait coûté trente mille écus. Mais M. le chancelier fut le dépositaire de sa volonté, et fit signifier à la Faculté de théologie, le 1" septembre suivant, un commandement de différer la publication de la censure jusqu'au retour de ce cardinal. Mais il n'en fut plus parlé depuis ce temps-là qu'à l'occasion du renouvellement des excès des jésuites sur cette même matière; et cette Faculté, opprimée par un ministre impérieux, eut tout le loisir de se repentir d'une démarche si malheureuse que l'imprudence et la crainte lui avaient fait faire. On ne voit pas même que M. Lescot, qui s'était chargé d'une commission si importante, se soit beaucoup mis en peine d'en faire le rapport à la compagnie. Il avait ses vues et ses affaires, et croyait, selon ses principes, que le zèle de la vérité et de la justice n'est pas toujours de saison.