‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 139 sur 522 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

quoique tous les docteurs reçussent favorablement sa requête, MM. Hennequin ' et Lescot y formèrent des obstacles , le premier, pour être rigoureusement attaché aux formalités de la maison par la fermeté naturelle de son esprit; et le second, par de secrètes considérations qui n'éclatèrent que trop dans la suite. Ce ne fut pas néanmoins sans déclarer, avec tous les autres, qu'ils honoraient la vertu et le mérite de M. Arnauld; mais en même temps ils représentèrent que la chose étant aussi nouvelle et extraordinaire qu'elle l'était, il était fort à propos d'en laisser la décision à M. le cardinal de Richelieu, comme à celui qui devait être le protecteur de leurs lois et le conservateur de leurs usages en qualité de proviseur de cette maison.

Tous les autres docteurs prévirent dès lors où la chose pouvait aller par cette voie, et firent tous leurs efforts pour n'y pas entrer, de peur de s'imposer par ce moyen le joug d'une nouvelle servitude. Ils représentèrent que ce serait traiter indignement un homme d'un si grand mérite qu'était M. Arnauld, dont les excellentes qualités devaient avoir plus de poids sur leurs esprits que cette circonstance du temps; que ne s'y étant engagé qu'à leur persuasion, il aurait sujet de se plaindre d'eux, si après une parole si expressément donnée de le dispenser de cette formalité, ils ^ui avaient fait prendre inutilement une si longue fatigue; que l'ouverture que faisaient ces deux docteurs, de régler cette délibération par le jugement qu'en prononcerait M. le cardinal de Richelieu, était tout à fait contre les lois et contre la liberté des assemblées de Sorbonne, dont les résolutions doivent passer à la pluralité des voix. Enfin que, si malgré leurs remontrances, il en fallait venir à des termes si extraordinaires, ils n'y consentiraient jamais, à moins que ceux qui seraient députés vers Son Éminence ne lui représentassent : que l'inclination générale de la maison était pour M, Arnauld, qui était universellement aimé de tous, à cause de sa piété et de sa doctrine. Et pour lui rendre en cette occasion tous les services possibles, ils ajoutèrent que de peur qu'on ne pût parler de son cours dans une assemblée ordinaire, on devancerait ce temps par une assemblée extra-

1. Jacques Hennequin (1S75-1660), docteur de Sorbonne, chanoine de Troyes et professeur de théologie.

ordinaire, dans laquelle on commettrait des docteurs pour en informer.

M. de Hardivilliers', archevêque de Bourges, et M. Habert, théologal de Paris, qui avaient donné, comme tous les autres, à la réserve de deux, des suffrages favorables à M. Arnauld, furent chargés de cette députation vers M. le cardinal de Richelieu, et ils en firent leur rapport la veille de l'Assomption de la même année.

M. l'archevêque de Bourges rapporta qu'ayant été trouver M. le cardinal de Richelieu, proviseur de Sorbonne, de la part de tous ceux de la société qui l'avaient député vers lui, il lui avait représenté que deux des anciens docteurs de cette maison avaient estimé que la supplique que faisait M. Arnauld d'être admis à l'examen de son cours de philosophie était contraire aux statuts et aux coutumes, et que l'affaire était d'une assez grande importance pour n'être point résolue par ceux de la société sans attendre son jugement. Que néanmoins tous les autres docteurs, à la réserve de ces deux, avaient été d'un avis contraire, estimant que M. Arnauld pouvait être admis sans préjudice des statuts, et qu'ils avaient eu tous une grande inclination à le recevoir.

M. de Bourges ajouta qu'il avait fait savoir à Son Éminence les raisons et les motifs dont étaient poussés les uns et les autres, pour juger tous tant qu'ils étaient que M. Arnauld, à cause de la sublimité de son esprit, de l'excellence de sa doctrine, et de son affection singulière envers la Sorbonne, méritait la mutuelle inclination que toute la compagnie avait pour lui, et qu'ils avaient tous été témoins de ce qu'il avait fait dans le cours de sa licence, jusqu'à en être touchés d'admiration et d'étonnement.

Il leur exposa aussi que M. le cardinal, l'ayant écouté avec sa douceur et sa civilité ordinaires, qui le rendait éminent entre les pluséminents, lui avait répondu ensuite que cette députation qui lui était faite au nom de toute la Sorbonne lui était fort agréable; que par là, elle lui témoignait de plus en plus l'affection qu'elle avait pour garder ses statuts, dont Tobservation lui servirait toujours à rehausser

1. Pierre d'Hardivilliers (1579-1649), docteur de Sorboune et curé de Saint-Benoît de Paris, fut sacré archevêque de Bourges en 1643.

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