‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 142 sur 522 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Saint-Cyran dans les prisons de Vincennes et le P. Séguenot dans la Bastille; et il est certain que faisant trembler toute l'Europe par la terreur de ses armes, ayant divisé la maison royale par son crédit, éloigné la reine mère du roi, qui mourut cette même année dans Cologne, réduite à une extrême pauvreté, éloigné ou abaissé les princes du sang, emprisonné des maréchaux de France et un très grand nombre de grands du royaume, banni des prélats et des conseillers du Parlement de Paris, et jeté les peuples dans une triste consternation, il n'aurait pas beaucoup épargné les théologiens qui auraient été assez généreux pour ne pas se soumettre avec respect à toutes ses décisions souveraines en matière de religion. Et certainement il avait assez fait voir combien le sang lui coûtait peu, et il n'y avait point eu, depuis l'établissement de la monarchie, un gouvernement aussi dur qu'était le sien, sous l'autorité d'un roi naturellement ennemi des violences.

Au milieu des pensées inquiètes qu'il roulait dans son esprit ambitieux, il avait formé la résolution d'exterminer toutes les personnes qui auraient des sentiments contraires aux siens, dans le temps même qu'il arrêtait les censures de la Faculté de théologie de Paris contre les livres pleins d'erreurs et de propositions hérétiques et schismatiques.

M. Lescot, son confesseur, avait été nommé par son crédit à l'évêché de Chartres, vacant par la translation de messire Léonor d'Etampes à l'archevêché de Reims. Ce docteur, à qui il avait déjà donné par avance quelques abbayes, sollicitait ses bulles à Rome sans les pouvoir obtenir, mais ne pouvant pas remplir plus longtemps la chaire de professeur royal qu'il occupait en Sorbonne, il avait fait choisir pour son successeur M. Alphonse Le Moyne', docteur de la même maison, curé de Sainte-Magdeleine de Paris, qui avait autrefois enseigné la philosophie dans le collège de Calvi avant qu'il fût réuni à la Sorbonne.

Ce M. Le Moyne était un génie assez médiocre et assez pesant, quoique persuadé de son extrême suffisance. Et l'on a su de M. Rallier qu'il avait été fâché du jugement qu'il avait porté de lui en disant que c'était le meilleur

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