Alphonse Le Moyne, docteur de Sorbonne, mort en
esprit de tous les esprits médiocres de Sorbonne : Ingenium inter mediocria optimum, parce qu'il prétendait avoir l'un des premiers rangs parmi les plus élevés. 11 manquait aussi des talents extérieurs de M. Lescot, qui, quoique picard de naissance et originaire de Saint-Quentin, afTectait une gravité de colosse; mais il n'était pas beaucoup moins intéressé que lui, et croyait que cet emploi de professeur royal de Sorbonne le mettrait en place pour être élevé aux plus hautes dignités de l'Église.
Tout le monde a dit que dans la nomination que l'on fit de sa personne pour succéder à M. Lescot, il avait donné parole par lui au cardinal de Richelieu d'entreprendre dans ses écrits la réfutation du livre de Jansénius; ce qu'il ne fit néanmoins que quelques années après^ parce que s^étant embarqué sans biscuit, et sans s'être jamais appliqué à la lecture de saint Augustin, il voulut du moins en acquérir une connaissance médiocre avant que de se déclarer chef de parti, comme il fit après avoir fait imprimer les deux petits tomes de la grâce, recueillis autrefois à Louvain du corps des ouvrages de ce saint docteur de l'Église; ce qui fut un très grand secours pour plusieurs personnes, qui eurent la commodité de s'instruire des sentiments de ce Père, mais qui n'y remarquèrent pas ce que M, le Moyne avait cru y découvrir.
On a cru aussi que M, Habert, théologal de Paris, était entré dans cette intrigue et s'était dès lors engagé, de concert avec le premier ministre et M. Lescot, à entreprendre la réfutation de Jansénius dans la chaire de l'église cathédrale de Paris, comme il le fit effectivement, mais d'une manière scandaleuse, sur la fin de cette année.
Ce théologal de Paris était un homme qui avait acquis avant ce temps-là une assez grande réputation; il savait la langue grecque, faisaitd'assez beaux vers latins, avait fait imprimerquelques actions composées en styleecclésiastique, c'est-à-dire tissues des termes de l'Écriture, et il paraissait aimer l'étude, pour laquelle même il se retirait assez souvent dans une maisonqu'ilavaitau-delàdufaubourgSaint-Honoré, appelée Les Ternes. Il avait beaucoup d'habitude chez M. le Chancelier, et de la parenté ou de l'alliance avec des maîtres des requêtes qui étaient en quelque considération.
Non seulement il avait paru jusqu'alors ami de M. Arnauld,