‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 152 sur 522 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

De ce qui arriva à l'occasioa de la Théologie familière de M. de Saint- Cyran, et du mandement de M. l'archevêque de Paris sur ce sujet.

C'était avec beaucoup de raison que M. de Saint-Cyran témoignait dans cette lettre que l'on publiait plus que jamais des choses désavantageuses à sa réputation, car ce fut vers ce même temps que les jésuites voulurent se servir

de la Théologie familière dont il était l'auteur pour traverser sa liberté, et ils excitaient cette tempête dans le temps même qu'ils lui faisaient faire de grands compliments dans sa prison. Voici la vérité de ce fait, qu'ils ont altérée depuis ce temps-là par leurs libelles.

M. l'avocat générai Bignon*, que l'on sait avoir été l'un des plus pieux magistrats du royaume, aussi bien que l'un des plus savants hommes de ce siècle, engagea un jour M. de Saint-Cyran, son intime ami, à faire une courte explication des principaux mystères de la Religion chrétienne, pour rinstruction de MM. ses enfants, qui étaient jeunes en ce temps-là. Quelque éloignement que cet abbé eût par luimême de faire des livres, il ne put néanmoins refuser cette satisfaction à un ami dont il connaissait et respectait le mérite plus que personne, et employa trois ou quatre aprèsdinées à composer un petit écrit, qui est celui même qui a paru depuis sous le nom de Théologie familière. 11 était demeuré secret, quoique (quelques personnes habiles, à qui ce célèbre magistrat l'avait communiqué, en fissent beaucoup d'état, lorsque l'on apprit qu'un ecclésiastique qui en avait r,QCOuvré une copie l'avait fait imprimer, sous son nom, avec des changements et des additions qui défiguraient entièrement ce petit ouvrage.

Ce fut ce qui obligea les amis de M. de Saint-Cyran, pour arrêter le cours d'une si grande hardiesse, d'étouffer cette première édition, toute fausse et toute corrompue, par une seconde conforme à l'original, et en effet elle parut avec approbation de cinq docteurs.

La mort du cardinal de Richelieu commençante dépeupler les prisons, et les jésuites craignant que M. de Saint- Cyran ne fût mis en liberté comme plusieurs autres, [ils] se servirent de ce petit livre pour rendre inutiles les sollicitations de ses amis.

Le conseil de M. l'archevêque de Paris ayant jugé à propos de renouveler en ce temps-là une ordonnance assez commune et ordinaire dans les diocèses, de ne point enseigner, tant aux églises qu'aux collèges et écoles, d'autre catéchisme que le sien, une personne de ce conseil, fort attachée

1. Jérôme Bignon, illiiptre magistrat que sa prodigieuse érudition fit surnommer le .< Varrou français » {ln90-1656).

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aux jésuites, dont il avait autrefois porté l'habit, fit ajouter à cette ordonnance, datée du 27 janvier 16i3, non une condamnation, mais seulement une défense d'enseigner, publier, lire, ou retenir, non absolument, mais sans la permission de M. Varchevêque, un certain livre intitulé la Théologie familière, ou brève explication des mystères de la foi, irnprimé sans aucun nom d'auteur et sans son approbation. Il y fit aussi insérer comme pour motif de cette défense, que ce livret contenait diverses propositions en forme de réponses qui pouvaient induire les esprits à erreur^ qui est une manière déparier capable de rendre suspectes toutes sortes de vérités catholiques.

Mais cette ordonnance demeura informe et fut révoquée par un commandement exprès de M. l'archevêque de Paris avant sa publication. Car quelques amis de M. l'abbé de Saint-Cyran allèrent trouver ce prélat, qui ne savait encore rien de cette ordonnance, et lui représentèrent que M. de Saint-Cyran était auteur de cette explication des mystères de la foi, qui ne portait point le nom de catéchisme; que ses amis avaient été contraints de la faire imprimer, à cause qu'un autre qui se l'était attribuée l'avait falsifiée en plusieurs endroits; qu'on s'était persuadé que les approbations ordinaires des docteur? de Sorbonnp pouvaient suffire pour l'autoriser; que comme on espérait dans peu de jours la liberté de M. de Saint-Cyran, il lui en rendrait compte en personne, comme il le fit effectivement peu de temps après sa sortie du bois de Vincennes, avec une entière satisfaction de M. de Paris.

Cet archevêque, étant touché de ces raisons, ruina cette nouvelle cabale des jésuites par un acte solennel qu'il fît imprimer et qui est marqué de ses armes, comme étaient ordinairement ses ordonnances et ses mandements, et Ja clause particulière que l'on avait fait glisser dans cette autre ordonnance informe « que ce livre contenait diverses propositions qui pouvaient induire à erreur » y fut révoquée et supprimée; et il n'y était parlé de cet écrit que dans l'expression générale et commune à tous les catéchismes qui n'avaient pas été formellement approuvés de lui, comme ne le sont pas non plus ceux du P. Bonnefons \ de Canisius',

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