‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 155 sur 522 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Troisième seruiou prêché par M. Habert daus l'église de Paris.

On attendait avec quelque sorte d'impatience le jour de la Septuagésime pour voir si M. Habert irait jusqu'au bout, et si un silence do quelques mois ne serait pas capable de lui donner un peu de modération. Mais ceux qui se flattaient de cette pensée en furent bientôt détrompés. Car dès qu'il commença à ouvrir la bouche, il se forma des monstres pour les combattre, et après avoir un peu parlé de la lumière et des ténèbres comme il avait fait dans son sermon précédent, il entreprit de parler de la sainteté de la foi, et de montrer que sans cela il ne peut y avoir ni sainteté de personnes ni sainteté de doctrine, et de là dit-il : « Nous minerons aisément ce que l'on dit, que ces opinions sont vraies et saintes, parce que des personnes saintes, religieuses, et de vie exemplaire les croient et les publient. Car ce n'est pas par la sainteté des personnes, laquelle nous ferons voir n'être qu'apparente, qu'on doit juger de la sainteté de la foi : Non judicamus fidem ex personis, sed ex file personas. »

C'était quelque chose qu'il tombât d'accord que les sentiments contre lesquels il s'élevait avec tant de chaleur et de passion fussent soutenus par des personnes saintes, re-

ligieuses et de vie exemplaire. Mais c'était une pure illusion de prétendre, comme il faisait, que l'on se servît de leur probité pour établir la doctrine de Saint-Augustin.

« En second lieu, dit-il, nous voyons que beaucoup d'hérétiques etd'hérésiarques ont été en réputation de sainteté. » II en nomma quelques-uns, et mit en ce nombre Nepos, qui était un catholique très vertueux, qui était tombé dans l'erreur des Millénaires conlme quelques autres saints des premiers siècles. Mais il s'arrêta particulièrement à Pelage, par une étrange comparaison d'un hérétique opiniâtre avec un évêque soumis à l'Église et au jugement du Saint-Siège jusqu'au dernier soupir de sa vie.

« Je dis de plus, continua-t-il en troisième lieu, que cette sainteté n'est pas vraie, et que ce ne sont que des vertus feintes et de pures hypocrisies, puisqu'il est impossible qu'il y ait des vertus chrétiennes et de sainteté sans la foi, laquelle ils détruisent par leurs erreurs, en se séparant de la communion et des opinions communes et reçues de toute l'Église depuis cinq cents ans, selon qu'ils l'avouent eux-mêmes. Et bien loin que ces hérétiques aient une véritable vertu chrétienne, ils n'ont pas même une véritable vertu morale, puisqu'ils la perdent et qu'elle dégénère en vice, lorsqu'ils entrent dans des sentiments contraires à ceux qui sont reçus communément de l'Église. C'est pourquoi saint Augustin soutient que personne n'a jamais été apostat, n'a jamais abandonné l'Église, que ceux qui ont été damnés, pour leurs péchés, en demeurant même dans l'Église. Ainsi toute leur sainteté ne parait à la fin qu'hypocrisie, et dans la vertu même dont ils font profession et ostentation ils y mêlent des choses mauvaises. Il y a deux sortes de péchés, de corporels et de spirituels. Arrière les péchés, les péchés de graisse, les péchés de ceux de qui il a été dit qu'ils divinisent leur ventre : ôeoTtotouai xot/u'av. Ce ne sont pas là les péchés de ces subtils hérétiques; ce sont les spirituels. Je sais bien que les péchés corporels sont détestables, pleins d'infamie; mais les péchés spirituels, l'envie, l'ambition, l'orgueil et la superbe, sont incomparablement plus dangereux : Caremus vitiis hominum, dit saint Augustin, abundamus vitiis diabolorum. »

11 les accusa ensuite de rejeter la doctrine de saint Thomas, et de dire « que depuis cinq cents ans, et depuis Tins-

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