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196 MÉMOIRES DE GODEFKOl IIEBMANT
une place frontière au milieu de lUniversiLé de Paris, a qui il n'était presque plus resté que la seule jouissance de ses privilèges et de ses degrés depuis l'institution de leur compagnie. Elle n'était plus en état de compter jusqu'à près de quatre-vingt mille écoliers, comme elle faisait au milieu du dernier siècle. Car comme ils avaient obtenu de temps en temps un très grand nombre de collèges dans la plupart des bonnes villes du royaume, sous prétexte d'enseigner gratuitement la jeunesse, ils avaient empêché par ce moyen les petits ruisseaux de se réunir à la source, et les provinciaux avaient cessé pour la plupart d'envoyer leurs enfants étudier à l'Université de Paris, par la commodité qu'ils avaient de les faire instruire chez eux sans s'engager dans une grande dépense.
On avait aussi cessé d'y voir depuis ce temps-là cet incroyable concours de toute sorte de nations étrangères qui y venaient autrefois de tous les endroits de l'Europe, parce que les jésuites s'étaient emparés de la plupart des universités catholiques, particulièrement en Allemagne et en Pologne. Ils avaient retenu parleurs intrigues les étrangers que l'hospitalité française avait attirés en foule dans la capitale de ce royaume jusqu'au temps de leur établissement. Car on sait que l'accroissement de Paris doit être principalement attribué à l'éclat que son Université a conservé depuis plusieurs siècles, et cette ville, qui est des plus grandes et des plus peuplées du monde, n'étant pas encore fermée de murs, ni pavée du temps de Philippe-Auguste, n'a commencé à devenir ce qu'elle est, que par la réputation des lettres qui y fleurissaient plusieurs siècles avant que le Parlement fûtfixeet sédentaire comme il est présentement. C'est ce qui avait obligé souvent les suppôts de cette fameuse Université de faire des remontrances pour empêcher la multiplication des collèges des jésuites ; mais leurs intrigues à la cour les avaient mis hors d'état d'être écoutés favorablement, et les peuples, qui se laissent éblouir par la nouveauté, s'étaient eux-mêmes imposé le joug de la domination de ces Pères en les demandant pour l'instruction de la jeunesse.
Leur retour dans le collège de Clermont y avait attiré par la suite de leurs intrigues un si grand nombre d'écohers, qu'après avoir étendu et élevé leurs bâtiments, ils se trou-