LIVRE
mon dessein est de vous faire voir combien cette doctrine est injurieuse à l'esprit de l'Église, et j'ai estimé y être obligé, pour prévenir les esprits des uns et désabuser ceux des autres.
« Mais avant que de commencer, je demande de vous deux choses : la première que vous ne vous étonniez point de ce que parmi un si grand nombre de valeureux champions qui ne demeureront pas muets en cette occasion, j'entreprends ici la défense d'une si juste cause. Car notre compagnie y est pariiculièrement obligée, vu que dans les bulles de son établissement, les souverains pontifes témoignent que Dieu a suscité saint Ignace dans ces derniers temps pour rétablir la fréquente communion, ce qui est encore répété dans la bulle de la confirmation de saint Grégoire XIII.
« La deuxième, que vous vous dépouilliez ici de toute passion et que vous y apportiez un esprit désintéressé. »
Ce jésuite, prenant de là occasion de rechercher les causes qu'il prétendait sans fondement avoir porté certains esprits H ce qu'il appelait des nouveautés : « Les uns, dit-il, l'ont fait pour acquérir de Testime, voyant bien qu'on ne parle rait point d'eux, s'ils s'arrêtaient aux sentiments communs, c'est pourquoi ils ont affecté la singularité.
« Les autres ont été poussés de l'esprit d'envie qu'ils portent à ceux qui sont dans l'approbation commune, et ne pouvant pas s'en prendre à leurs personnes, ils ont tâché de leur arracher la vérité des mains, et les faire passer pour des abuseurs.
« Les autres ont eu la liberté pour motif, et ont pris pour prétexte la réforme, pour cacher la difformité de leurs mœurs. Je désire que vous soyez exempts de toutes ces passions ; et cela étant, j'espère de vous faire voir aussi clair que le jour, qu'il n'y a point de doctrine plus dangereuse que celle-là. Je ne vous fais qu'une proposition à laquelle je ne crois pas qu'on puisse répliquer, la voici : Une coutume fondée sur le témoignage des Pères, l'autorité des canons, la pratique de toute l'Église, n'est pas un abus. Or il est, etc. Toutes les parties de cette proposition sont si claires, que vous jugerez avec moi qu'il y a sujet de s'étonner, comment il se trouve des esprits qui les combattent.
« Mais avant que de le prouver, je veux vous avertir que je n'entends pas ici excuser l'abus qui se commet dans
l'usage des sacrements. J'avoue qu'il y en a beaucoup; mais je dis que pour cela il n'en faut pas faire une conséquence générale. Les hérétiques abusent de la Bible; quelques prédicateurs, de la prédication, quelques-uns du nom de saint Augustin pour en tirer des maximes très dangereuses et déjà condamnées par quelques papes. Donc il faut abolir la Bible, la prédication, saint Augustin. Qui peut souffrir cette loi inique? »
11 est étrange que convenant comme il faisait avec M. Arnauld d'un principe général, il ne trouvât dans son livre la matière de cette sanglante invective que par la calomnie qui le portait à l'accuser sans fondement de condamner la fréquente communion, au lieu qu'il déclare en tant d'endroits qu'il n'en condamne que l'abus. Et c'était inutilement que ce jésuite se mettait en peine de prouver celte doctrine par les Pères, puisque celui qu'il entreprenait de réfuter en tombait d'accord.
Il vint ensuite à la pratique, traitant ce point avec plus de chaleur que tout le reste. Car il dit « qu'il y avait cent ans que l'Église travaillait à établir cette maxime avant laquelle tout le monde était dans le débordement que Dieu avait puni par l'hérésie. Qu'il ne restait que cette seule source de grâce et qu'aujourd'hui on la voulait tarir. Mais avec quelle autorité? Ce sont, dit-il, des personnes particulières, gens inconnus qui font comme Calvin, lequel avant que de répandre ouvertement son venin, demeura quelque temps caché dans des grottes qui sont auprès de Bourges où j'ai été. Donc tout ce grand et vénérable corps de Sorbonne a été dans l'aveuglement? — Oui, mais c'a été la coutume de la primitive Église. — Mais quand bien cela serait. Messieurs, faudrait-il s'y arrêter? Quel désordre n'arriverait-il pas, s'il fallait rétablir aujourd'h ui toutes ces anciennes coutumes? 11 faudrait donc communier, au moins le Jeudi Saint, après souper. Il faudrait rétablir cette pénitence, non pas celle que nos réformateurs ordonnent à la porte des églises je ne sais parquet motif, mais cette pénitence sévère comme pour un larcin une ou deux années, etc.
« Mais quels gens ont-ils de leur côté? Tous les directeurs y sont contraires, et Salazar dit que jamais directeur n'en est venu jusque-là que de blâmer la fréquente communion. Les évêques? — Mais la plus saine partie les condamne. —