LIVRE III
en apoplexie jusqu'à sa mort pour pouvoir rendre ce témoignage. Or il est certain, qu'il ne l'a vu que sur les trois heures du matin qu'on l'envoya quérir, et sur les dix heures qu'il revint, lorsqu'on achevait de lui donner l'extrêmeonction, et qu'il était prêt d'expirer. Et quant à M. le curé de Saint-Jacques-du- Haut-Pas, qui l'avait été de Saint-Barthélémy, il avait tellement témoigné le contraire que feu M. le Prince, dont il se qualifiait aumônier, ayant appris la vérité de sa propre bouche, a détruit cette calomnie, dans les Remarques que les jésuites le portèrent à publier l'année suivante sur le livre de la Fréquente communion.
« Quant à ce qui est de l'abbé de Saint-Cyran, dit ce prince, rien ne paraissant par écrit de la doctrine dont on l'accuse, et étant mort à l'extérieur catholique, recevant les sacrements de son curé, je n'en dirai mot, espérant qu'en son cœur il a abjuré toutes ses erreurs, s'il en a tenu aucune, et qu'il est passé en l'autre vie en bon chrétien, dans la paix de l'Église et dans la communion des saints. »
Mais tout cela n'a pas encore empêché que plusieurs fin nées après le P. Brisacier, jésuite, n'ait écrit « que M. de Saint-Cyran a été si extraordinairement dévot à Dieu que, pour honorer son inaccessibilité, il a voulu mourir sans confession. » Et en un autre endroit, « il a voulu communier sans confession précédente à la mort. » Ce que la seule relation de sa maladie fait voir être faux, puisqu'il s'était confessé deux ou trois jours auparavant, comme il paraît par le certificat que son confesseur en donna, en l'an 4651, à M. l'archevêque de Paris, qui avait voulu être éclairci sur cette calomnie.
Il était malaisé que les jésuites fissent voir plus clairement qu'en cette manière si peu chrétienne et si peu humaine jusqu'oii va leur animosité contre ceux qui ont osé leur résister. Ils ont voulu encore en donner des marques plus sensibles par l'aversion qu'ils ont conçue contre son épitaphe. Voici comment elle est exprimée sur sa tombe, dans le chœur de l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas :
Hic Jacel
Joannes du Verger de Hauranna, abbas S** Cyrani, vir, quod rarissirmim est, eruditionis simul et humilitatis profundissi-
â32 MÉMOIRES DK GoDËFROi ËERMANT
mae^ qui ecdesiasticse unitatis, paternœ tradilionis et antiquss veritatis amantissimus ac scientissimus, pro Ecclesia Catholica, cui uni totus addictus erat, adversus noslri temporis haereses scribens, cum summo universi Cleri Gallicani et bonorum omnium desiderno obiitXl Octobris anno ChristiM.DC.XLlIl^ xtatis LXIl.
Le dessus de celte épitaphe est orné des armes de cet abbé, qui sont un lion rampant... sur un arbre, et ces deux devises dans des festons ; Non erit tibi veritas recens. Non erit tibi Deus recens.
Et au bas on y lit ces trois mots : Veritas, Charitas, Humilitas, dans trois festons.
Cet éloge leur a paru si insupportable que, l'ayant fait graver en taille-douce, ils y ont répondu par une contre épitaphe, si pleine d'injures les plus atroces et de calomnies, qu'on s'est abstenu de l'insérer dans cette histoire, de peur de la déshonorer.
Mais quelque effort qu'aient fait pour déshonorer ce grand homme après sa mort ceux qui n'avaient fait nulle difficulté de le faire mourir en athée, sa mémoire sera toujours en bénédiction dans Tesprit de ceux qui aiment J.-C. et son Eglise, et Dieu le relèvera d'autant plus que ses ennemis tâchent de ternir sa réputation.