‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 203 sur 522 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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avait acquis beaucoup de réputation parmi les personnes de piété, traite des dispositions à la sainte Eucharistie. Le premier qui s'en était servi pour y trouver la décision de cette dispute, était l'auteur du livre intitulé : Le juge sans intérêt, sur le livre de la Fréquente Communion. La voix publique donna cet ouvrage à un ecclésiastique nommé M. Renard ', qui était fort connu dans Paris par quantité d'actions d'une dévotion fort éclatante, qui ont portéM. Abelly* à écrire sa vie depuis sa mort. Il s'était contenté de mettre seulement une préface à la tête de cet extrait pour établir l'autorité de ce religieux, mais il l'avait fait d'une manière si haute et si peu équitable, qu'il ne craignait pas de le faire sortir de sa cellule pour imposer silence à tout le monde, et fermer la bouche aux prêtres, aux docteurs et aux évêques. Cette conduite des Jésuites était fondée sur leur politique, qui ayant pour objet d'engager le plus [de monde] qu'ils pourraient dans leur parti, voulaient intéresser dans cette cause Tordre des chartreux, par une espèce de nécessité de ne pas abandonner un de leurs auteurs.

Mais M. Arnauld fit voir très solidement, dans la première partie de cette préface, que l'autorité de ce religieux devait céder à celle de tant d'évôques et de saints Pères de l'Église qu'il produisait dans son recueil. Il montra que si ce chartreux avait acquis de la réputation, c'avait été par la haute idée qu'il donne de la dignité du sacerdoce, selon les principes des saints Pères de l'Église ; et qu'ayant tiré des auteurs modernes ce qu'il dit des dispositions à l'Eucharistie, il doit être beaucoup moins considérable sur ce point, H représenta que l'esprit de cette institut était plutôt le silence et la retraite que l'érudition et la doctrine. Il tira aussi de grandes preuves pour son livre de la conduite qui était autrefois en usage parmi les premiers chartreux, où non seulement les communions étaient rares, mais où ce n'était pas même la coutume d'entendre tous les jours la messe, comme il paraît par leurs vieux calendriers, et par une épitrede Pierre de Blois, traduite avec plusieurs autres

1. François Renard (7-1633), auteur de Remarques sur la Fréquente Communion.

2. Louis Abelly (1604-1691), évêque de Rodez en 1663. Sa Moelle théoloyique lui fit donner par Boileau l'épithète de moelleux.

auteurs ecclésiastiques à la fm de cette préface, et il prouvait que les saints Pères de l'Église étaient les véritables juges sans intérêt qui devaient décider cette question.

M. Arnauld réfutait ensuite ce que l'on avait avancé dans quelques sermons, que le concile de Trente avait condamné et aboli la pratique des saints Pères, de disposer les pécheurs à la communion par les exercices de la pénitence. Il établissait le contraire par le témoignage même de Perlin, jésuite espagnol, et il faisait voir que ce saint concile n'oblige point les prêtres à accorder l'absolution et la communion à tous les pécheurs indifféremment qui se confessent de leurs crimes.

Il déclarait tout de nouveau qu'il n'avait eu dessein dans son livre que de proposer la doctrine des saints Pères, sans obliger personne à la suivre, et par un seul passage de son livre il ruinait plusieurs calomnies qu'on lui avait imposées, en l'accusant d'avoir cru PEglise capable d'erreur dans les mœurs.

Il soutenait n'avoir jamais dit, nique toutes les coutumes nouvelles fussent des abus et des désordres, ni que la pratique ordinaire de la pénitence fût un dérèglement et un abus, ni que l'accomplissement de la pénitence avant l'absolution soit essentiel au sacrement, son intention n'étant nullement de forcer le monde à faire pénitence en la manière qu'elle se faisait autrefois ; et que quand il avait écrit que la pratique ordinaire de donner l'absolution aussitôt qu'un homme s'est confessé de ses crimes, n'est si commune aujourd'hui, que parce qu'elle favorise l'impénitence générale de tout le monde, il ne condamnait point la pratique en soi, mais seulement les abus de la pratique.

Il ajoutait que non seulement les saints Pères de l'Église, mais même les évoques approbateurs du livre de la Fréquente Communion parlaient bien plus fortement que lui du relâchement delà pénitence, et témoignait l'injustice de ceux qui l'accusaient de s'être rétracté sur cette matière.

Après cela il détruisait l'objection de ceux qui disent que l'on ne doit rien observer de la pénitence ancienne si on ne l'observe dans toutes ses parties, et distinguait dans la pénitence deux sortes d'exercices qui étaient plus stables et plus immuables que les autres, et condamnait l'erreurdes hérétiques qui disent que les satisfactions et les exercices

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