‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 222 sur 522 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les Jésuites publient uq manifeste apologétique sous le nom du P. Le Moine.

Les Jésuites étaient si remplis de l'idée de leur souveraineté que, ne se contentant pas d'en faire ressentir les effets aux particuliers de leur compagnie, ils voulurent encore en la même année se rendre redoutables à leurs adversaires par le titre fastueux de Manifeste apologétique que le P. Le Moine' donna à un ouvrage digne de lui. Ce jésuite fanfaron, qui tenait à gloire de ne point parler comme le commun des hommes de bon sens, avait acquis quelque réputation par le tour heureux qu'il avait donné à quelquesuns de ses vers. Mais le Tableau des passions, qu'il avait composé en prose quelques années auparavant, était un livre d'un caractère si bizarre et si extraordinaire que les Jésuites ne pouvaient guère se promettre de secours de la plume d'un écrivain qui affectait le langage d'un capitan de théâtre, n'étant pas capable de parler en théologien raisonnable, pour justifier la corruption de leur morale. Mais de quelque orgueil qu'il parût enflé en publiant son Manifeste apologétique^ il ne laissa pas de faire paraître d'abord beaucoup de bassesse en désavouant un très grand nombre de libelles qui, étant composés par des Jésuites travestis, avaient excité l'indignation publique de toutes les personnes équitables. « On a trouvé à propos, disait-il dans sa préface, de prévenir le public et l'avertir de bien reconnaître les écrivains et les livres qui paraissent sur les rangs, et prennent parti dans ce temps de division où la controverse a mis une Seconde guerre dans l'Etat; et les mauvaises plumes, si elles ne sont réprimées, pourraient faire plus de mal que tous les canons des ennemis. 11 en pourrait venir qui, défendant la vérité avec plus de zèle que de discrétion, et heurtant sans respect les particuliers et les communautés, attireraient sur nous la haine des uns et des autres, et nous incommoderaient plus, par celte sorte de secours tumultuaire et mal ménagé, que ne fe-

1. Pierre Le Moyne, jésuite (1602-1671). Il est auteur du fameux livre de la Dévotion aisée dont il sera parlé au cours de ces Mémoires.

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raient tous nos adversaires, par une attaque ouverte et générale.

« Cela nous oblige à déclarer ici que tous [les écrits'] qui ont couru et qui courent encore sans nom et sans aveu de notre Compagnie ne sont pas sortis de chez nous. Et dès à présent nous désavouons tous les inconnus et les déguisés qui paraîtront à l'avenir, quelque zèle qu'ils aient, et quelque cause qu'ils défendent.

« Certainement il ne serait pas juste que nous fussions loués des combats d'autrui, et qu'on nous donnât la cou- , ronne des victoires que nous n'aurions pas gagnées. Mais il serait bien injuste aussi que nos mains fussent accusées de tous les coups qui sont tirés par nos amis et pour notre défense, et que ceux qui pourraient être frappés dans un tumulte général par des personnes masquées nous voulussent faire les auteurs du désordre, et se prissent à nous de leurs blessures. »

Jamais aucun désaveu n'eut moins de sincérité et de bonne foi que celui-ci. Car outre les écrivains qui s'étaient déclarés publiquement en faveur des Jésuites depuis le commencement de cette contestation, tels qu'avait été M. Habert, théologal de Paris, le P. Yves, capucin, et M. de Raconis, évêque de Lavaur, il était certain que les Jésuites seuls étaient auteurs des libelles qui soutenaient leurs intérêts, ainsi qu'ils ont reconnu depuis ce temps-là dans leur Bibliothèque antijansénienne. Nous avons vu que le P. Lombard, jésuite, avait pris le faux nom d'Eusèbe pour écrire des lettres à Polémarque contre le livre de la Fréquente communion, et que le Sommaire de la théologie de M. Vabbé de Saint-Cyran, qui est un ouvrage qui ne respire que le sang, était le rare chef-d'œuvre du P. Seguin, jésuite. Et l'on sait aussi très certainement que ce fut le P. Pinthereau', professeur des Jésuites, qui publia eu cette même année 1644 un libelle intitulé : Réponse d'Eusèbe à un théologien de courte robe, dans lequel il publiait un très grand nombre de calomnies contre plusieurs particuliers qu'il marquait par leurs propres noms avec si peu de connaissance et de vérité qu'il parlait du père de M. de Saint-Amour comme d'un

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