‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 225 sur 522 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

leurs de leur compagnie ont lâché d'irriter autrefois les évêques sur certains livres d'outre-mer, qu'ils ont voulu leur attribuer par deçà. Mais que ce sera toujours leur consolation devant Dieu de n'avoir aucunement trempé dans ce dessein, d'en avoir désavoué les auteurs, quels qu'ils puissent être, et de n'attribuer rien à leur Société de tout ce qui est contraire à l'honneur qu'ils leur ont voué. Qu'ils savent trop ce qu'ils doivent à la dignité des évêques. Qu'ils savent que l'antiquité les a nommés les anges, les célestes, les seconds rédempteurs, les dieux des hommes et les hommes de Dieu. Qu'ils s'oublieront plutôt de leur nom que d'oublier leur devoir. Que ce serait le plus sensible de leurs déplaisirs d'avoir fait aucune chose qui méritât leur disgrâce,et [qu'ils] tiendraienlpour une espèce d'anathème d'être privés de leur bienveillance. Qu'ils plaindraient ce malheur non point pour leurs intérêts, qui ne leur seront jamais si considérables que l'honneur de ces prélats, mais pour le dommage de l'Église, qui serait privée de quelques petits secours que leur compagnie doit, et peut [lui] rendre avec tant d'autres, sous la protection de leur nom et sous l'autorité de leurs commandements. »

Voilà où la fausse humilité réduisait les Jésuites, pour flatter bassement les évêques dont ils craignaient la censure. C'était par cet artifice grossier qu'il croyait s'en mettre à couvert, par celte froide et ridicule distinction de Jésuites d' outre-mer et de Jésuites de deçà. Et ils croyaient en être quittes pour traiter d'inconnus et d'étrangers des auteurs qu'ils ne connaissaient que trop. Ils avaient tellement concerté entre eux cette misérable défaite qu'ils s'imaginaient la rendre plausible en la déguisant en plusieurs manières. Car le R. P. Caussin n'était en cela que l'écho du P. Le Moine, qui s'en était ainsi expliqué, dans son style romanesque. « Quand les auteurs de ce livre, disait-il, dans son Manifeste apologétique, seraient véritablement des nôtres, leur doctrine serait-elle pour cela la commune doctrine de tout le corps ; et les Jésuites de France en devraient-ils répondre pour ceux d'Angleterre? Nos ennemis veulent-ils que Paris soit comptable pour Londres? Veulent-ils que les sentiments de ce pays-là soient les originaux, et que ceux d'ici ne soient que les copies?

« Mais nous avons déclaré il y a longtemps que nous ne

connaissions point ces auteurs; que nous ne les croyions pas être de notre compagnie, et encore aujourd'hui nous pouvons protester de bonne foi qu'ils nous sont aussi inconnus qu'ils étaient auparavant. Cela serait bien étrange, qu'un maître qui n'a que huit valets, en pût méconnaître quatre, et que nous fussions tenus de connaître tout ce qu'il y a de Jésuites entre les deux pôles. Certainement le jardin est trop fertile et de trop grande étendue, et si nous n'en saurions connaître tous les arbres, il est bien injuste de nous obliger à rendre compte de tous les fruits qu'ils portent, et à savoir le nombre de toutes les feuilles qui en tombent. »

On voit par ce parallèle une parfaite conformité entre le P. Caussin et le P. Le Moine. Mais quoi qu'ils eussent tous deux le même but, et ne tendissent qu'à se tirer d'embarras sur le sujet de ces livres d'Angleterre que le P. Philippe Alegambe avait insérés dans la Bibliothèque de leurs auteurs, néanmoins il y avait entre eux une grande différence. Car le P. Caussin tâchait de se sauver par les éloges qu'il donnait aux évéques de ce royaume, au lieu que le P. Le Moine, ne se souvenant plus des plaintes que ces prélats en avaient faites l'hiver précédent chez M^" le cardinal Mazarin, les accusait d'injustice par des expressions extravagantes.

Il n'y a rien de plus solide dans le corps de l'ouvrage du P. Caussin. Car il se réduit ou à chercher des complices des erreurs dont on les accuse, ou à lâcher de faire voir qu'on les en accuse injustement. La seule conjoncture du temps les faisait parler de la sorte, et ils attendaient dans la suite des années une occasion plus favorable pour soutenir fièrement des maximes qu'ils étaient alors trop heureux de désavouer comme étrangères à leur compagnie.

Mais comme ils étaient toujours animés de l'esprit de ressentiment et de vengeance, ils produisirent encore en cette même année 1644 un troisième défenseur de leur misérable théologie, sous le nom de l'abbé de Boisic, qui entreprit de trouver des impostures et des ignorances dans celui qui en avait recueilli les maximes. Ce fut le P. François Pinthereau, jésuite, né à Chaumont, dans le Vexin français, qu'ils chargèrent de cette commission, et qui l'exécuta avec tant de fiel et d'un style si outrageux que c'est peut-être par cette considération qu'il a eu honte luimême de son ouvrage. Car quoique la voix publique le lui

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