LIVRE III
pour la prédication de la parole de Dieu, et qui s'est toujours conservé inviolablement jusqu'à la mort dans la communion de l'Église, beaucoup plus heureux en cela que son confrère.
Ils ne furent pas plutôt introduits dans ce grand champ qu'ils y recueillirent une abondante moisson de la semence évangélique qu'ils y avaient répandue; et il y a encore aujourd'hui dans Amiens, dans Abbeville et aux environs, plusieurs personnes et des familles entières qui leur sont redevables, ou de la conversion, ou du règlement de leurs mœurs. Mais il est malaisé de sortir impunément des Jésuites; et ceux qui en ayant porté l'habit ne sont pas entièrement dévoués à leurs passions, doivent se résoudre à se voir exposés tôt ou tard à leurs violences.
Le fruit de ces deux prédicateurs ayant fait concevoir aux Jésuites des sentiments de jalousie, ils crurent qu'il était de leur politique de les perdre de réputation, et de ruiner par quelque éclat extraordinaire le ministère qui leur venait d'être confié. Leur collège avait alors pour recteur le P. Antoine de Feuquières*, dont le père avait autrefois tenu rang d'avocat du roi dans le présidial de Beauvais, Le P. Christophe Le Juge», parisien de naissance, y faisait aussi la fonction de prédicateur; mais il abusa tellement de la majesté de la chaire de l'Evangile en un sermon qu'il fit le dimanche de la Quinquagésime, en cette année 1644, que ses discours allumèrent un feu qui fuma encore pendant le cours de plusieurs années, quelque soin que l'on prît de l'éteindre. Car sur ce que ces deux prêtres avaient souvent remontré au peuple la nécessité de la grâce deJ. C, il scandalisa tout son auditoire, en les marquant sous le nom de certains prédicateurs de la grâce, les traitant d'apostats, d'hérétiques, d'ignorants, de Calvins etde Luthers, et appelant injurieusement canailles, racailles, et indignes d'entendre les mystères ceux du peuple qui se rendaient assidus à leurs sermons.
M. d'Amiens, qui était alors à Pai-is, ayant appris avec douleur les nouvelles de ce désordre, hâta son retour autant
le suivit pas dans son apostasie ; il mourut curé de Magni dans l'ile de Ré, vers 1664.