Christophe Le Juge, jésuite
qu'il lui fut possible; et cependant il ordonna au sieur Barboteau*, son officiai, d'informer d'un si grand excès, afin de le réprimer par l'autorité épiscopale que Dieu lui avait confiée. Dès qu'il fut arrivé à Amiens, la voix publique lui apprit tout de nouveau ce qu'il ne savait encore que par dès avis particuliers. Mais avant que d'avoir recours aux armes épiscopales, il tenta de ramener par la douceur ceux à qui la chaleur violente de la passion avait fait commettre une faute si scandaleuse. Pour cet effet, ayant mandé en diligence le P. de Feuquières, recteur du collège des Jésuites, il n'en put tirer la satisfaction qu'il désirait. Ce jésuite se rendit néanmoins la seconde fois en son hôtel épiscopal, le 27 février, avec le P. Séverin qui y comparut au défaut du P. Le Juge, parce que ce prédicateur refusa de s'y trouver. Ce prélat leur demanda, en présence de plusieurs personnes considérables des principaux corps de sa ville qu'il avait assemblés pour ce sujet, si quelques prédicateurs avaient avancé dans Amiens des propositions hérétiques, et s'ils tenaient pour hérétiques ou pour apostats aucuns de ceux de son diocèse qui étaient employés par ses ordres dans ce ministère. Sur quoi ayant répondu que non, et que le prédicateur de leur collège n'avait eu nul dessein de les faire passer pour tels, il les pressa d'obliger néanmoins le P. Le Juge à faire une semblable déclaration; ce qui était une satisfaction fort légère pour une si grande injure. Mais le P. de Feuquières s'en excusa tout à fait, prétendant qu'il serait blâmé de son provincial, s'il avait consenti que le prédicateur de son collège fît une déclaration de cette nature; que n'ayant nullement failli, il n'en devait faire aucune; qu'une déclaration si publique serait contre l'honneur de la Société. Qu'il suffisait qu'il déclarât d'abondant, comme il faisait tout de nouveau, que leur prédicateur n'avait eu dessein ni de marquer, ni d'offenser personne; qu'il en avait fait serment sur sa part de paradis; qu'il ne tenait ni pour apostats, ni pour hérétiques aucun des prédicateurs employés par le môme seigneur évoque; et qu'enfin il ne pouvait faire cette déclaration sans blesser son ordre. De sorte que M. d'Amiens n'ayant pu tirer autre chose de ces Pères, qui sont beaucoup plus jaloux de la gloire de leur Société,