‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 238 sur 522 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

tilles sur le livre de la Tradition de l'Eglise du sieur Arnauld; l'autre était intitulé : Du rare et fréquent usage de V Eucharistie, et le troisième : V Usage de la Pénitence et de la Communion ; mais ces trois ouvrages ne firent pas beaucoup de bruit, et la réputation de l'auteur ne décida point la querelle. Comme les communautés s'y croyaient plus intéressées que les particuliers, le P. Bourgoing', général de l'Oratoire, se persuada qu'il était de la politique de sa congrégation de lever absolument les soupçons désavantageux que le livre du P. Séguenot et plusieurs autres considérations importantes avaient pu faire concevoir à la cour. La pratique exacte de la pénitence était un spectre qui commençait à jeter la terreur dans l'esprit des grands, et ce Père étant persuadé qu'il en fallait ménager l'estime pour ceux de son corps, mit au jour un petit livret, intitulé : Déclaration présentée à la Reine par le R. P. Général de VOratoire, au nom de sa Congrégation, sur quelques points touchant la Pénitence. Mais quoique ce titre engageât toute sa congrégation, on sait qu'elle était alors entièrement éloignée du relâchement dont il voulait faire des règles, et qu'il était l'unique auteur de cet écrit qui traitait misérablement de l'obligation d'aimer Dieu, et entrait dans tous les sentiments les plus corrompus des Jésuites. On fut surpris d'un changement si inopiné qui devait avoir des suites si dangereuses, et les sages qui en jugèrent avec plus de modération, plaignirent les communautés les plus réglées, à qui tout paraît légitime quand il s'agit de se maintenir dans le monde, et qui, croyant être fort nécessaires à l'Église, croient pouvoir innocemment racheter leur conservation, ou par des accommodements humains, ou par la lâcheté du silence. Car quoique les Pères de l'Oratoire ne fussent nullement de concert avec leur général pour la composition et la publication de ce livret, il eut néanmoins son cours sans aucune contradiction publique de leur part, et s'ils s'en plaignirent chez eux, comme une oppression violente de la liberté de leurs sentiments, il n'en parut rien au dehors.

Tous ceux qui avaient écrit jusqu'alors contre le livre de la Fréquente communion l'avaient attaqué dans toute son étendue. Mais M. Jean de Launoy, docteur de Navarre, qui a

1. François Bourgoing (1385-1662), 3» général de l'Oratoire. Son oraison funèbre a été prononcée par Bossuet.

beaucoup écrit depuis ce temps-là, et qui n'svait encore mis aujourquetroisou quatre petites dissertations, prit touteune autre méthode*, car M. Arnauld ayant montré que le saint concile de Trente avait fait plusieurs ouvertures pour le rétablissement du sacrement de pénitence, ce théologien entreprit de faire voir le contraire, par la suite des docteurs qui avaient écrit depuis ce temps-là, et intitula son traité : De V Esprit du Concile de Trente, touchant la satisfaction dans le Sacrement de Pénitence. Cet écrit ne parut pas assez important pour y répondre, et on le négligea comme plusieurs autres.

M. Renard, prêtre directeur des religieuses du monastère de Saint-Thomas, qui avait déjà publié Le Juge sans intérêt sur le livre de la Fréquente communion, dès le commencement de cette dispute, composa aussi en ce même temps un autre petit ouvrage qu'il nomma : Maximes tirées de la doctrine des Conciles et des Saints Pères opposée à celle du livre de la Fréquente communion, et à la conduite de quelques nouveaux directeurs ; et M. Abelly le fît imprimer en 1659, à la fin de la vie de ce prêtre, dans le livre qu'il qualifia Vidée d'un véritable Prêtre de l'Eglise de J.-C, et d'un fidèle directeur des âmes, exprimée en la vie de M. Renard, etc.

Un autre prêtre, nommé Pierre Juvernay*, publia encore en ce même temps, un livre intitulé : De la Réitération du Sacrement de Pénitence. Mais la plupart de ces pièces furent si peu considérées dès le temps qu'elles parurent, et sont tombées depuis dans un tel oubli, que l'on n'en parle ici que pour faire voir combien d'adversaires M. Arnauld avait sur les bras tout à la fois.

1. On lit ici au ms., d'une autre main que celle d'Hermant : Il faut voir s'il nomme la Fréquente communion, et en ce cas, le mettre; s'il ne la nomme point, le supprimer.

2. Ces différents contradicteurs d'Arnauld sont inconnus; mais il n'en est pas de même du célèbre docteur Launoy, v. p. 89, note 1.

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