‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 239 sur 522 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Thèses du P. Deschamps; résultat de l'Assemblée de la Faculté touchant la bulle contre Jaasénius. Difficultés sur la même bulle. On la publie eu Espagne. Lettre de l'Université de Louvain à celle de Paris. Déclaration d'Urbain VlU à M. Sinuich. Mort de ce pape. Pamphilio lui succède, et prend le uom d'Innocent X. M. Habert et quelquesuns de ses amis lui écrivent.

Ce que nous avons rapporté jusqu'ici de cette année 1644 concerne principalement la dispute delà pénitence et de la morale chrétienne. Ilfaut voir maintenant ce que les Jésuites firent en ce même temps sur la matière de la grâce, et à quels excès ils s'emportèrent pour la défense deleur Molina.

Quoique la bulle d'Urbain Vlll qui défendait de lire le livre de Jansénius défendit aussi sous peine d'excommunication d'en disputer en façon quelconque; néanmoins les Jésuites, qui n'ont nulle peine à s'élever au dessus des lois, et qui prétendent par leur conduite qu'elles n'ont de force que contre leurs adversaires, firent voir dès les premiers jours de cette année l'inclination qu'ils ont à se jouer des puissances les plus saintes, pour lesquelles ils se vantent d'avoir tant de vénération.

Le 4e de janvier, le P. Etienne Deschamps S jésuite, ayant composé une thèse qui contenait les principales questions de la matière de la grâce, dans le dessein de condamner Jansénius sous le nom de Calvin, de Luther et de Mélanchton, la soutint publiquement avec la même insolence qui la lui avait fait proposer. Et quoique M. le cardinal Grimaldi, qui faisait alors fonction de nonce en ce royaume, lui défendît par un commandement exprès de soutenir ces sortes de propositions, l'obligeant même de les rétracter, ainsi qu'il fit, ilne laissa pas néanmoins d'en répondre à ceux qui en disputèrent, et méprisa hautement la bulle dont il faisait sa force et son principal appui.

Cependant M. le chancelier, qui était continuellement sollicité par M. Habert et quelques autres docteurs, pres-

1. Etienne Agard de Champs ou Dechamps (1613-1701), jésuite et deux fois provincial de France. Sous le nom d'Autouius Ricardus, il attaqua Jansénius dans plusieurs ouvrages dout il sera question au cours de ces Mémoires, notamment dans le traité : De hasresi janseniana, etc., dédié au Pape Innocent X.

sait chaudement la publication de la bulle, de sorte que la Faculté de théologie, s'étant assemblée extraordinairement le ib^ jour de janvier, M. Jacques Pingret, grand maître du collège de Navarre, rapporta que par ordre de la même Faculté, il avait assemblé, le 12 du même mois, MM. Bréard, Charton, de Lestocq, Hallier, Cornet, Goqaeret* etNicolaï*, avec M. Antoine de Bréda* syndic, pour délibérer ensemble sur ce qu'il y aurait à faire touchant la bulle du pape Urbain VIII^ que le roi leur avait adressée avec une lettre de cachet, et que l'auditeur de M. le cardinal Grimaldi, nonce apostolique, avait apportée le 2 du même mois. Qu'après avoir examiné et pesé la chose avec soin, ils avaient été d'avis d'insérer dans leurs registres ce qui s'était passé dans cette assemblée des députés, où l'on avait apporté le décret du M. l'illustrissime et révérendissime archevêque de Paris, du 11 décembre dernier, avec son mandement du 10"= des mêmes mois et an, publié au prône des paroisses, et qu'après avoir lu et considéré avec attention ce mandement avec la même lettre de cachet, et la copie de la dite bulle, datée du 6 mai 1641, et publiée à Rome le 19 juin 1643, signée et scellée par le dit éminentissime cardinal Grimaldi, le 2 janvier 1644, ils avaient conclu qu'il fallait insérer dans les registres de la Faculté toutes les propositions rapportées dans ladite bulle, dont quelques-unes sont renouvelées dans le livre de l'illustrissime et révérendissime M. Corneille Jansénius, évêque d'Ipres, intitulé Augustinus, et défendre aux bacheliers, licenciés et étudiants de les proposer dans leurs thèses et dans leurs disputes, aussi bien qu'aux docteurs et au syndic de les approuver dans leurs réponses, thèses, livres, prédications, ou leçons, sous peine de privation, jusqu'à ce qu'autrement il en fût ordonné par l'Église ou par le Saint-Siège apostolique. La Faculté, après avoir ouï ce rapport^ fut d'avis de différer cette affaire ; elle défendit néanmoins, tant aux docteurs qu'aux

1. Il y a plusieurs Goqueret à cette époque; deux étaient docteurs en tiiéologie de la maison de Navarre, l'un se nommait Jean, l'autre Philippe. Il est difficile de voie duquel des deux il s'agit ici.

2. Le Père Jean Nicolaï, dominicain (1594-1673), est auteur de plusieurs ouvrages. 11 disputa sur la matière de la grâce avec Arnauld et Nicole.

3. Antoine de Bréda, docteur de Sorbonne et curé de Suint-André des Arts* Il mourut en 1678.

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