CHAPITRE XXVll
Quelle estime les Jésuites veulent que l'on fasse des décrets de l'Iiiquisilion de Rome'.
Il est certain qu'il se peut trouver quelque rencontre où non seulement on peut, mais où l'on doit même représenter avec toute sorte de modération et de vérité les abus qui peuvent naître de ces décrets, au grand préjudice de la réputation du Saint-Siège, si nous voulons en cela imiter l'exemple des saints et des docteurs de l'Église. Que si les Jésuites prétendent le contraire, encore que l'autorité de saint Bernard soit un peu plus considérable que la leur, néanmoins il nous suffit pour le présent d'en appeler d'eux à eux-mêmes, et de les prier de se souvenir que ce sont eux qui ont appris et qui apprennent encore tous les jours à tous les peuples de France à mépriser ces décrets et à n'en tenir aucun compte.
L'Inquisition de Rome a donné, depuis quelques années, un décret contre le livre du P. Rabardeau, jésuite, dont elle a censuré la doctrine comme étant schismatique et hérétique. Demandez aux Jésuites quel jugement on doit faire de ce décret, et ils vous répondront ce qu'ils ont dit publiquement, dans leur réponse à MM. de l'Université : « Que ce décret ne doit être nullement reçu en France, parce qu'il vient d'une puissance étrangère. » L'Inquisition de Rome censura, il y a quelques années, par un décret, les livres du P. Baun y,
1. " Cette pièce est imprimée m-i°. Elle est peut-être ici hors de sa place. » — Note du copiste. La place de ce document importe assez peu, pour ne pas détruire l'ordre des chapitres on peut le laisser ici ; au ms. il se trouve placé plus haut (au chapitre vu de ce livre). I 20
fameux professeur eu la théologie douce et obligeante de ces bons Pères. Demandez aux Jésuites quelle révérence on doit porter à ce décret, ils vous répondront par la bouche du même Père, dans un écrit qu'il publia lors, pour sa justification : « Qu'a de commun la censure de Rome avec la France? >> La même Inquisition de Rome censura encore, il y a quelques années, le livre du P. Cellot, et dans sa personne toute leur Société dont ce livre était plus l'ouvrage que de ce Père, comme quelques-uns d'eux l'ont même avoué publiquement. Demandez aux Jésuites s'ils croyent que la doctrine ou la personne du P. Cellot doive être considérée comme flétrie et déshonorée par cette censure, et ils vous répondront que ce livre est aussi bon qu'il fut jamais; et que, pour ce qui est du P. Cellot, tant s'en faut qu'ils aient cru que les censures de Rome pussent faire aucun tort à sa réputation, qu'ensuite même de ce décret ils l'ont fait recteur du fameux collège de la Flèche, pour témoigner à toute la France qu'ils le jugeaient d'autant plus digne d'honneur qu'on s'était efl'orcé à Rome de le déshonorer parla condamnation de son livre.
Enfin ils vous diront par la bouche du P. Annat, l'un des plus célèbres de leurs théologiens : « Qu'il ne faut pas confondre la censure du pape avec l'Inquisition de Rome, ni dire que les Pères Cellot, Rabardeau et Bauny sont condamnés par le pape, parce qu'ils ont été censurés par Flnquisition : il faut dire simplement que ces auteurs ont été censurés par l'Inquisition, et non par le pape, sinon à la façon qu'on peut attribuer aux princes ce que font les juges subalternes par l'autorité qu'ils leur ont donnée. Et de là vient, ajoute-t-il, qu'à la condamnation du Pape toute l'Eglise obéit ; mais l'Inquisition de Madrid ne se croit pas toujours obligée de suivre celle de Rome, comme elle a montré en l'affaire de Poza. » Et dans un autre libelle intitulé : Application de la Censure, etc. : «Lesdoctes, disent-ils, n'ignorent pas qu'il faut mettre grande différence dans la variété des censures. Il yen a qui regardent plus la police des mœurs que non pas la croyance, et qui règlent le particulier plutôt que l'état général de l'Église. Ce sont des sentences qui ont leur style différent selon leurs tribunaux, et il arrive quelquefois que ce qu'une Inquisition a censuré est rétabli par l'autre, on en voit des exemples, » et à la marge : Poza. Nous voyons donc que lorsque l'Inquisition de