‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 244 sur 522 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Rome censure les livres des Jésuites, remplis d'erreurs, d'hérésies et de maximes pernicieuses, comme le clergé de F'rance l'a déclaré si souvent par des censures solennelles, ils ne manquent point de nous avertir avec soin qu'il faut faire différence entre ce qui vient de l'Inquisition et ce qui vient du pape, entre le tribunal souverain et le tribunal subalterne. Us ne manquent point de nous dire que ces censures n'ont rien de commun avec la France, et qu'on les doit considérer comme venant d'une puissance étrangère ; ils nous avertissent encore que l'Inquisition de Madrid casse souvent ce qu'a fait celle de Rome, surtout si c'est pour soutenir les extravagances et les hérésies d'un jésuite aussi célèbre qu'a été Poza. Mais si cette même Inquisition, surprise parleurs intrigues et leurs artifices, défend seulementla lecture de quelque livre qui leur déplaît pour être contraire à leur mauvaise théologie, ou s'ils ont seulement le moindre prétexte, quoique faux, de pouvoir dire que des ouvrages qui soutiennent contre leurs libelles outrageux et hérétiques les censures de la Sorbonne et des évêques de France ont été condamnés par l'Inquisition de Rome, tout ce qu'ils ont dit auparavant de la différence qu'on doit mettre entre l'Inquisition et le pape ne leur passe plus que pour un songe. Et ils disent hardiment que ces livres sont condamnés par le pape, et qu'on ne les peut plus soutenir sans être ennemi du Saint-Siège : et que ceux qui font pour les plus importantes vérités de l'Église ce qu'ils disent dans leurs libelles avoir pu être fait par l'Inquisition d'Espagne en faveur des rêveries et des impiétés de Poza, qui est de ne pas acquiescer en tout à l'Inquisition de Rome, sont ennemis du Saint-Siège.

L'on ne peut désirer un exemple plus remarquable de ce procédé si injuste que ce qu'ils ont dit de M. Hallier et de son livre pour la censure des prélats de France et de la Sorbonne contre les erreurs et les hérésies des Jésuites d'Angleterre : « Je tirerai en évidence votre pernicieuse doctrine, dit le P. Pinthereau (sous le faux nom de l'abbé de Boisic),du livre que vous avez écrit à la honte de l'Eglise et à la confusion de la Sorbonne, il y a quelques années, et qui porte pour titre : Vindicue censurx Facultatis Parisiensis, livre scandaleux, et qu'il a fallu que le Saint Père fît passer par le feu d'une très âpre censure et d'une condamnation publi-

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que, en attendant celle du grand jugement que vous recevrez en vous-même, pour avoir mal écrit et mal parlé. » Et à la marge: « Le livred'Halliercondamné à Rome, comme rapporte l'abbé Costantin en ces termes : Francisci Hallier, doctoris Sorbonici, libri Romse sancti Officii judicio damnati sunt. Et à la page su[\a.n[e : » Quelques impiétés extraites du livre intitulé : Vindiciœ Censurée Facultatis Parisiensis^ composé par François Hallier et condamné par Notre Saint Père le Pape Urbain VIII. »

Après cela, quel état devons-nous faire de ces décrets de l'Inquisition qui n'ont de force qu'autant qu'il plaît aux Jésuites; qui ne sont que de l'Inquisition quand ils censurent leurs méchants livres, et qui sont du pape quand ils donnent quelque atteinte à ceux de leurs adversaires ; qui ne sont dignes que de mépris quand ils condamnent leurs maximes pernicieuses, que les évêques de France ont condamnées encore plus sévèrement; et qui sont dignes de toute sorte de vénération et de respect lorsqu'ils prétendent qu'ils ont condamné les plus saintes et les plus constantes maximes de la théologie des saints Pères?

Mais quoique le procédé de ces hommes passionnés et intéressés paraisse bien déraisonnable, néanmoins il ne l'est pas tant qu'il semble, si nous considérons le fondement sur lequel il est établi. C'est un mystère qu'ils nous ont découvert eux-mêmes, dans l'image fastueuse de leur premier siècle, et qu'il ne sera pas mauvais de représenter ici, quoiqu'on en ait déjà parlé en un autre endroit'. C'est que dans ce livre, qui n'eut jamais de pareil en vanité, ils ont osé dire en parlant d'eux-mêmes : « Que leur Société est le rational du jugement que les Grecs ont nommé Xéytov, c'est-àdire l'Oracle : qu'elle est marquée par la figure carrée qu'il avait, parce qu'elle est répandue dans les quatre parties du monde ; qu'elle porte partout la doctrine et la vérité, et qu'elle est attachée sur la poitrine du grand pontife des chrétiens; qui est le pape, comme cet Oracle l'était autrefois sur celle du grand pontife des Juifs. » Qu'on ne s'étonne donc plus s'ils donnent de l'infaillibilité au pape et aux commissaires mêmes de sou Inquisition, lorsqu'ils consultent son oracle, savoir la Société des Jésuites, puisqu'alors ils partagent l'in-

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