LIVRE III
dans un discours qu'il fit en Sorbonne à la fin de la vespérie de M. le coadjuteurde Paris, depuis cardinal de Relz. Il ne déféra nullement à la défense de M. l'archevêque de Paris, et continua de prêcher contre M. l'évêqued'Ypresavec la même aigreur et la même violence, se contentant de ne le combattre que sous le nom de Calvin, ce qui était une injure aussi atroce que la première; et au lieu qu'avant cela il n'avait pas accoutumé d'assister aux assemblées de la Faculté de théologie, il y dit et fit des choses si pleines d'animosité et de passion, que l'on se vit obligé d'en arrêter le progrès par la publication de cet ouvrage.
L'auteur s'appliqua particulièrement à faire voir, dans son avis au lecteur, que la bulle contre Baïus, ni même celle d'Urbain Vlli, n'y donnait aucune atteinte. Il pria de plus M. Habert de considérer que les querelles des gens de lettres se décident avec la plume, et que c'est une marque honteuse de faiblesse ou de lâcheté, de s'efforcer d'opprimer parla violence ceux qu'on ne saurait vaincre parles raisons. H protesta néanmoins que ce n'était pas la crainte de la persécution qui le faisait parler de la sorte, l'amour de la vérité rendant intrépides ceux qui la défendent. Il dit que comme ils ne désirent rien des hommes, ils appréhendent peu tout ce qui leur peut arriver de la part des hommes. Qu'ils regardent d'un même œil leurs menaces et leurs promesses, quand il s'agit de défendre la vérité, et qu'ils ont appris des prières de l'Eglise à demander continuellement à Dieu de mépriser les prospérités du monde et de n'en point craindre les adversités. Que s'ils ne s'exposent pas quelquefois aux persécutions de leurs ennemis, ce n'est pas qu'il ne les considèrent comme des faveurs signalées de Dieu ; mais c'est que J. C. les y oblige par l'évangile, et que le courage d'un chrétien n'est pas le courage d'un philosophe superbe qui affronte les périls avec orgueil, mais un courage aussi modeste que généreux, qui ne prévient jamais les ordres de Dieu par une précipitation téméraire, mais qui les suit avec humilité, et qui souffre avec constance tout ce que Dieu lui envoie d'afflictions et de peines.
La publication de cet ouvrage, qui était écrit avec beaucoup de lumière, de force, d'éloquence et d'étendue, perça M. Habert jusqu'au fond du cœur. 11 se hâta d'y répondre; mais sa précipitation ne servit qu'à faire éclater sa faiblesse,
et au lieu qu'il avait fait voir de l'érudition et de l'éloquence dans quelques ouvrages latins qu'il avait composés sur d'autres sujets, son livre découvrit à tout le monde qu'il avait aussi peu de connaissance de la solide théologie que des beautés et des ornements de notre langue.
Il le publia le 24 novembre, sous le nom de La défense de la foi de V Eglise et de l'ancienne doctrine de Sorbonne^ touchant les principaux points de la grâce, prêchée dans V Eglise de Paris par M. Isaac Hubert, prêtre, chanoine et théologal de la dite Église, abbé des Alluz, docteur de Sorbonne, prédicateur ordinaire de Sa Majesté, contre le livre intitulé : Apologie de Jansénius, sans nom d'auteur. 11 le dédia à M. le Prince, qui l'en remercia par une lettre assez surprenante par l'excès de ses éloges, et qui ne pouvait être la marque que d'un prodigieux engagement dans cette contestation'.
11 tâcha mal à propos dans sa préface de tirer avantage de la retraite de M. Arnauld, lui disant, qu'il ne lui séiail pas bien, dans les ténèbres où, il s'enfonçait, de faire le vaillant et de l'appeler au combat. Il lui reprocha de n'avoir pas travaillé seul à un si chétif ouvrage, où il a été vingt-deux mois à s'armer contre deux sermons d'une heure. Voilà comme il se figurait des plumes et des ennemis chimériques, pour relever son mérite, par la gloire de leur défaite, dont il ne doutait nullement. « 7'oute la troupe de ces nobles éranistes^ y a contribué, ce dit-on. Ces quarante étudiants en commun qui se vantent si hautement de leur correspondance', ces quarante belles plumes, dis-je, qui ne sont taillées que de la main d'un même maître. » C'était une pure imagination ou un effet de la peur qui augmente les objets terribles, ou une calomnie malicieusement inventée, pour répandre dans le monde que Port-Royal était rempli d'un nombre extraordinaire d'écrivains qui travaillaient nuit et jour à faire des livres. Mais quoique plusieurs personnes se soient laissé surprendre par ce faux bruit, il n'y a jamais eu rien de si mal fondé, ce grand nombre d'auteurs n'ayant jamais surpassé celui de quatre ou cinq personnes dans la naissance et dans
1. Lii lettre du prince de Coudé a été imprimée eu 1717, 6 p. iu-12; il y vante « l'esprit relevé et le style ferme et digue d'un grand théologien n tel qu'est M. Habert.
2. Expression de pédant tirée du grec, et désignant ceux qui soupent ensemble en payant chacun leur écot.