‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 255 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

lu, et que M. Habert avait publié en français, sur le même sujet, un ouvrage qui l'avait exposé au mépris de tous les habiles gens, dom Pierre de Saint-Joseph choisit notre langue pour écrire sur la matière de saint Pierre et de saint Paul, et M, Habert, au contraire, choisit ridiculement la langue latine pour réfuter un livre français; mais il choisit malicieusement ce genre d'écrire pour opprimer l'innocence et déshonorer la réputation de ceux qu'il attaquait, parce que c'était le moyeu de faire en sorte que plusieurs de ceux qui avaient été témoins de tant d'emportements et d'invectives contre cette proposition, ne pussent bien juger de la qualité de son ouvrage que sur le rapport des autres. Et il en usait de la sorte pour avoir une plus grande liberté d imposer comme il lui plairait à ses adversaires; de prendre leurs paroles à contre-sens; de les corrompre par des versions fausses et infidèles, et de leur reprocher des contradictions chimériques et imaginaires.

Dom Pierre de Saint-Joseph fit voir par le nom qu'il donna à son libelle ce que Ion en pouvait raisonnablement attendre. Car il le nomma : L'avocat de saint Pierre contre l'avocat non avoué de saint Paul. Et son entrée, qui tenait quelque chose de la comédie, en représentant un pape Janus opposé à la papesse Jeanne, avait rendu son écrit méprisable dans l'esprit des théologiens graves et solides.

L'un des plus savants théologiens de notre siècle (c'était encore M. Arnauld, dont on voulut cacher le nom), voyant une si grande cabale pour opprimer cette doctrine catholique, y répondit par un juste volume, où toute cette matière est traitée à fond, et il l'intitulrt : Aa grandeur de l'Eglise romaine établie sur fautorité d'j saint Pierre et de saint Paul et justifiée par la doctrine des papes, des Pères et des conciles et par la tradition de tous les siècles, pour servir de défense à l'écrit de l'autorité de saint Pierre et de saint Paul, et de réponse à trois livres publiés contre cet écrit par dom Pierre de Saint-Joseph, M. Habert, et M. l'évêque de Lavaur.

Cet ouvrage, plein d'une profonde érudition et d'une très grande connaissancB de l'antiquité, est divisé en quatre livres. Le premier contient plusieurs considérations générales pour l'éclaircissement de cette matière; dans le second l'auteur représente les autorités des papes; le troisième

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rapporte les autorités des Pères grecs et latins de tous les siècles. Et dans le quatrième il explique quelques points importants touchant cette question.

On présentait ce livre au pape par une lettre latine qui en renfermait les principaux points, et on l'intitula : De suprema Rornanœ Ecclesia^ amplitudine in Pétri et Pauli ex summorum Pontificum, Patrum et Conciliorum testimoniis individua authoritate fundata. Ad Innocentium X Pontificem maximum Epistola, qua liber de eodem argumenta conscriptus illi offertur ac submittitur; Parisiis, 1645.

Mais quoique les personnes habiles fussent édifiées de ces ouvrages pleins d'érudition et de lumière, l'événement fît voir qu'il faut quelque chose de plus que la connaissance de l'antiquité pour ne pas choquer la délicatesse de la cour romaine, et nous rapporterons l'année suivante les effets de la cabale qui s'était formée contre cette innocente proposition, quoique l'avantage même de ceux qui avaient formé une intrigue si peu raisonnable ne tournât qu'à leur confusion et à leur honte.

CHAPITKE II

Divers écrits de part et d'autre sur la matière de la grâce, Plusieurs brefs d'ionocent X pour l'exécutiou de la bulle d'Urbaia VIII. Seconde Apologie de Jansénius. Silence de M. Aroauld pendant quelques années.

Comme la contestation touchant la grâce de J.-C. s'échauffait toujours de plus en plus, on soutint en cette année un écrit qui avait été imprimé dès l'an 1607 et dont on avait fait une seconde édition l'année précédente. C'était une question théologique, historique et de droit ecclésiastique, dans laquelle on examinait quel a été le sentiment du Concile de Trente touchant la grâce efficace et la science moyenne. La publication de cet ancien écrit ayant attiré une réponse fort aigre, pleine d'injures et d'invectives, un théologien se crut obligé d'y répliquer par un traité qu'il intitula : Thèses apologétiques contre la solution d'une question théologique^ etc.*. On attribuait cet

ii Le début de ce chapitre paraît avoir été corrigé après coup, carie

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