‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 254 sur 522 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

Divers écrits pour la défense de l'autorité de saiut Pierre et de saint Paul eu qualité de deux chefs de l'Église qui n'en font qu'un.

Ceux qui avaient entrepris la condamnation et la ruine du livre de la Fréquente communion étant convaincus que le meilleur expédient pour y réussir était de le rendre odieux à Rome, s'étaient particulièrement appliqués à reprendre dans la Préface cette proposition très saine et très orthodoxe, que saint Pierre et saint Paul sont les deux chefs de l" Eglise qui n'en font qu'un. Tous les libelles des Jésuites étaient remplis d'invectives contre cette expression, qui est celle des conciles et des Pères, et de toute la tradition de l'Eglise, ils tâchaient de lui imprimeries marques et les flétrissures les plus honteuses, et il ne tenait point à eux qu'elle ne passât non seulement pour une erreur, pour une extravagance, pour une chimère, mais aussi pour une hérésie qui ruinait l'unité de l'Église et qui tendait à y introduire l'anarchie. M. de Raconis, évéque de Lavaur, ne se contentait pas d'être en cela l'imitateur et comme l'écho des Jésuites, en répétant leurs injures; mais le feu de sa passion lui en fournissait de nouvelles, et il voulait persuader, par de fortes et sanglantes invectives, que cette proposition méritait que l'auteur fût mis au nombre, non seulement des hérésiarques, mais des tyrans et des persécuteurs, 'puisqu'il voulait, disait cet évêque, abattre la tête de l'Église comme un Hérode.

Ces excès, qui étaient demeurés jusqu'alors sans réplique, firent prendre la résolution d'éclaircir cette matière. On crut que de si grands emportements ne venaient pas moins de l'ignorance que de la passion de ceux qui mettaient toute la force de leurs écrits dans l'atrocité des injures, et qu'ils seraient plus retenus quand on leur aurait montré, par un

ouvrage public, que ce qu'ils condamnaient en la personne de M. Arnauld était la doctrine des conciles, des saints Pères, et des plus célèbres auteurs ecclésiastiques. Ce fut dans cette vue qu'au commencement de l'année 1645 on publia un Traité de l'autorité de saint Pierre et de saint Paul, qui réside dans le pape, successeur de ces deux apôtres, où sont représentés les sentiments des Ecritures, des saints Pères, et particulièrement des papes et de toute l'Église romaine sur cette matière, pour servir de réponse aux accusations atroces et injurieuses qu'on a formées contre cette proposition du livre de la Fréquente communion, que saint Pierre et saint Paul sont les deux chefs de l'Eglise qui n'en font qu'un • .

L'auteur de cet ouvrage découvrait à la fin de son livre la cause secrète de l'animosité de M. l'évêque de Lavaur contre M. de Saint-Cyran qu'il déchirait en plusieurs endroits de son livre, et il faisait voir qu'elle ne venait que de l'union et de l'intelligence qu'il avait eues avec un religieux célèbre, qui avait été auteur de la détention et des souffrances de cet abbé : c'était le P. Joseph^ capucin. Ce prélat avait cru lui devoir donner cette marque de sa reconnaissance, en persécutant après sa mort celui que ce religieux avait persécuté pendant sa vie, et que c'était pour cela qu'il s'était tant étendu dans son livre contre l'hérésie des Illuminés, comme sur un point fort considérable contre ceux qu'il accusait, parce que ce même religieux à qui il avait l'obligation de son évêché faisait passer pour illuminés tous ceux qu'il persécutait, et que cette prétendue illumination était tellement imprimée dans son âme, qu'il avait voulu persuader au cardinal de Richelieu que le diable avait fait dessein depuis peu de remplir tout le monde d'illuminés, et qu'il y en avait déjà plus de dix mille en F'rance.

Dès que ce livre parut, deux auteurs entreprirent de. le réfuter, savoir M. Habert, théologal de Paris, et dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant. Mais par une bizarrerie assez étrange, ils changèrent d'idiome pour écrire; car au lieu que ce feuillant avait écrit en latin contre M. l'évêque d'Ypres, deux ans auparavant, un livre que l'on n'avait point

1. C'est un ouvrage in-4o de 77 pages, sans uom d'auteur et d'imprimeur. On l'attribue à Martin de Barcos, abbé de Saint-Cyran et neveu de Du Verger de Hauranue.

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