‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 271 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Comme M. Bourgeois remarqua que ces paroles le regardaient directement, et que cette doctrine hérétique et pernicieuse sapait le fondement de tout le livre qu'il était venu soutenir, il se sentit obligé de lui dire que ce qu'il venait d'entendre de sa bouche le surprenait fort ; que s'étant préparé depuis plus de six mois à son voyage, pour y défendre un livre dont tout le sujet est la pénitence, il avait lu pour cela tous les meilleurs livres de l'Eglise ; qu'il avait étudié la doctrine des conciles, des Pères et des théologiens; mais qu'il n'avait lu nulle part que tout fût consommé en matière de pénitence, lorsque l'on était venu au point de s'abstenir de son péché; que cette doctrine assurément était nouvelle, et que M. Arnauld, ni aucun de ses approbateurs ne l'avaient point trouvée dans l'Évangile, qui demande des fruits de pénitence, et de dignes fruits; c'est-à-dire, selon les Pères et les papes saint Léon et saint Grégoire, des œuvres proportionnées au nombre et à l'énormité des crimes que l'on a commis; qu'ils ne l'avaient pas trouvée dans les conciles, que la délicatesse de ce siècle ne peut lire sans frémissement, en voyant la manière dont ils bannissent de l'Eglise les pénitents, les mettent sous les pieds des fidèles, et condamnent à des retraites, à des cilices, à des jeûnes et à des mortifications affreuses pour le cours de plusieurs années des pécheurs beaucoup moins criminels que ne le sont les pécheurs de ces derniers temps; qu'ils avaient encore moins trouvé celte doctrine dans les traités des saints Pères et des papes, dont l'un des plus saints et des plus doctes donne à l'Église cette leçon : « Que comme n'écrire plus n'est pas effacer ce qu'on a écrit ; comme n'emprunter plus n'est pas s'acquitter de ses dettes, de même ne pécher plus n'est pas payer à la justice de Dieu ce qu'on lui doit pour les crimes que l'on a commis ; » que l'on ne trouverait pas davantage cette doctrine dans les saints de notre siècle que dans les anciens, puisqu'il est visible que le grand saint Charles n'avait enseigné autre chose, par toutes les actions de sa vie et par toute la doctrine et la discipline de ses conciles de Milan, que la nécessité d'une pénitence laborieuse; que c'est ce qui est prouvé dans le livre de la Fréquente communion; que le saint concile de Trente enseigne, dans sa session 14^, ch. 2, que ceux qui

ont violé l'alliance qu'ils avaient contractée avec Dieu dans le baptême ne peuvent plus se rétablir dans sa grâce avec la même facilité qu'ils l'avaient reçue dans le baptême; qu'il fallait pour cela beaucoup de larmes et de grands travaux, non sine noslris niagnis fletibus et laboribus; que la pénitence de la loi nouvelle était véritablement un baptême, mais un baptême aussi laborieux que le premier avait été facile, lahoriosus baptismus; mais qu'enfin ce qui met le comble à toutes ces preuves, est que ce même saint concile prononce anathème contre ceux qui oseront soutenir que la meilleure pénitence consiste seulement dans la nouvelle vie, c'est-à-dire à vivre mieux que l'on n'avait fait et à ne pécher plus : Si guis dixerit pœnitentiam optimam esse tantum novam vitam, sit anathema. M. Bourgeois conclut de toutes ces choses que la doctrine qu'il défendait, étant celle de l'Église dans tous les temps, ne peut être appelée nouvelle, ni ceux qui la soutiennent des novateurs. Il considéra, comme une chose assez surprenante que, pendant tout son discours, cet officier, qui est extrêmement prompt et colère, n'en eût témoigné nulle impatience ni nul déplaisir; mais qu'au contraire, composant agréablement son visage, et donnant tout un autre air à ses paroles, il lui dit d'un ton grave et rassis : qu'eux autres théologiens prenaient quand il leur plaisait à la rigueur et au criminel les paroles les plus innocentes, que les siennes pouvaient véritablement être prises dans le sens qu'il leur avait donné, mais que pour lui son intention n'était pas de s'éloigner des sentiments de saint Charles, ni du concile de Trente; qu'il était bon catholique; mais que s'il ne parlait pas si juste que lui en matière de théologie, c'est que lui, M. Bourgeois, était théologien; et que lui, assesseur, ne l'était pas; que la fonction qu'il exerçait dans le Saint Office pour l'instruction des procès n'exigeait pas de lui qu'il le fût, mais seulement canoniste, pour faire garder les formes du droit dans toutes les procédures du Saint Office, et empêcher qu'on y fit des fautes contre les règles du droit canonique.

Dans la suite du discours, il laissa glisser une chose qui fut très agréable à M. Bourgeois, savoir, que comme la question qui se devait traiter à l'avenir dans la compagnie ne regardait plus les formes du droit, mais le fond de

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