LIVRE IV
la théologie, il ne serait plus nécessaire qu'il se donnât la peine de le voir, et qu'il suffirait qu'il s'adressât au Révérendissime Père commissaire.
A la fin de cet entretien, il le mena dans la grande salle du Saint Office, où les censeurs, consulteurs et qualificateurs, qui tous lui parurent moines de divers ordres, étaient assis autour d'une table, au nombre de dix ou douze. M. l'assesseur s'étant assis auprès du P. commissaire qui présidait à cette assemblée, donna à M. Bourgeois un grand livre blanc, et lui dit qu'il y écrivît son nom et sa qualité, toute la compagnie gardant pendant tout cela un profond silence. Après quoi ce docteur se retira au signe que lui en fit M. Albizzi.
Le terme de huit jours, qui lui avait été accordé pour répondre aux objections des Jésuites, étant expiré, il alla lui porter deux ou trois feuilles qu'il avait dressées, et le pria de lui accorder un plus long temps pour achever le reste de ses écritures; et ayant obtenu trois semaines ou environ, il lui porta au bout de ce temps-là six ou sept feuilles qui contenaient la réponse entière à ces trois objections en dix-huit copies qu'il en fit faire. Il loua sa diligence, et lui témoigna de l'étonnement et de la joie de ce qu'il avait fait tant d'écritures et de copies en si peu de temps. M. Bourgeois lui promit de satisfaire aux autres objections, qui étaient dix-huit en tout, avec la même promptitude, et l'étant encore allé voir quelques jours après, quelque retenue qu'eût cet officier pour ne pas s'expliquer sur les écrits qui lui avaient été commmuniqués, il lui échappa néanmoins de lui dire, qu'il avait strapazzato i Giesuili, comme foulé aux pieds les Jésuites, ce qu'il accompagna d'un souris et d'un petit rayon de joie répandu sur son visage, qui persuada M. Bourgeois qu'il était content. Il ajouta encore quelques choses qui favorisèrent beaucoup son espérance, en lui disant, avec un grand calme d'esprit, que rien ne pressait plus comme auparavant; qu'il travaillât avec plus de loisir aux autres réponses, pour ne pas hasarder sa santé dans les chaleurs excessives qu'il faisait alors; mais pourtant qu'il ne perdit pas de temps.
352 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT