‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 295 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

vailler avec plus d'application, et y employer plus de temps ; enfin qu'elle se ferait apporter ses réponses au premier jour et les examinerait sans faute.

Cependant comme M. Bourgeois se défiait, non de la fidélité du pape, mais de la facilité qui le portait ordinairement à préférer dans l'expédition des affaires les plus pressants et les plus importuns, ce qui lui faisait craindre que sa promesse ne demeurât longtemps sans effet, il pria M. d'igby, qui le voyait non seulement les vendredis, comme ambassadeur de la reine d'Angleterre, mais à toute heure et très familièrement, comme son ami particulier, de l'en faire ressouvenir. Ce seigneur le fit, et vint dire quelques jours après à M. Bourgeois que le pape, s'élant fait apporter ses écrits, avait été effrayé de la grandeur du volume, qui contenait plus de cent vingt pages, et l'avait chargé de lui dire qu'il en fît un abrégé en forme de factura, où il ne mît que la substance de la doctrine nécessaire à la défense de son livre, avec renvoi à ce grand écrit.

M. Bourgeois réduisit ces cent vingt pages à quinze ou seize, et ensuite à six ou sept, c'est-à-dire à ce qui pouvait être lu en un bon quart d'heure. Et cette réduction ayant été approuvée par M. d'igby, il la porta au pape, qui d'abord lui en témoigna de la joie, comme s'assurant qu'il n'y trouverait plus rien qui lui dût faire aucune peine, et l'ayant reçue de sa main, la lut aussitôt tout entière lui-même, mais à diverses reprises, raisonnant avec M. d'igby sur les objections et les réponses, condamnant les unes et approuvant les autres. Après cette lecture, il lui témoigna une très grande joie de ce que les approbations des évéques de France se trouvaient saines et orthodoxes, parce qu'ayant pour eux autant de respect et d'estime qu'il en avait, il n'aurait pu se résoudre sans une extrême violence à rien faire qui leur déplût, ni porter et prononcer un jugement contraire au leur. Il ajouta que le jugement qu'il faisait de celte affaire était aussi celui du Saint-Office, et que les cardinaux que M. Bourgeois avait vus avaient tous prononcé en sa faveur dans le rapport exact et fidèle qu'ils lui avaient fait de ses réponses, tant de celles qu'il leur avait faites de vive voix, en plusieurs conférences, que de celles qu'ils avaient lues dans ses écrits communiqués à l'Inquisition.

Enfin il lui dit que ce docteur le vînt voir, parce qu'il voulait lui témoigner la part qu'il prenait dans l'heureux succès de cette affaire, par plusieurs raisons, et particulièrement pour la considération des évêques de France. M. Bourgeois apprit depuis par le même seigneur que le pape s'était encore fait lire deux fois en ce même jour cet abrégé, la première en ce même matin, par le cardinal patron son neveu, devant le cardinal Pancirole, et la seconde après midi, par son même neveu en présence de quelques prélats.

Le même jour, M. Bourgeois crut qu'en attendant son audience il devait voir le Père commissaire de l'Inquisition, non seulement pour le remercier des bons offices qu'il avait reçus de lui et des conseils qu'il lui avait donnés, mais aussi pour apprendre quelques particularités de son affaire, qu'il ne pouvait savoir que par son moyen. Ce religieux ne savait pas encore que Sa Sainteté avait lu l'abrégé qu'elle avait exigé de lui, ni qu'elle en eût témoigné une si grande satisfaction, et il l'apprit de M. Bourgeois même avec joie; mais il savait très bien que le pape n'avait pu dissimuler la sienne lorsqu'il entendit tous les cardinaux de Tlnquisilion parler avec éloges du livre de la Fréquente communion et de son auteur. Quoique ce Père y eût été présent, il ne voulut pas néanmoins lui rien dire en particulier, et se contenta de témoigner à M. Bourgeois qu'il connaissait tout ce qui avait été contre lui, c'est-àdire l'assesseur Albizzi, et tout ce qui avait été pour lui, c'est-à-dire généralement tous les cardinaux, et que nul d'entre eux n'avait manqué à sa parole, de sorte qu'il avait sujet d'en être content et d'en remercier Dieu. Qu'au reste Sa Sainteté n'avait pas encore donné tant de marques de satisfaction et de joie, en quelque occasion que ce fût depuis sa promotion, qu'en cette rencontre où il avait vu tous les cardinaux conclure d'une voix à l'absolution du livre; qu'il devait bien le faire remarquer aux évêques approbateurs comme une preuve très certaine de l'estime et de l'affection de Sa Sainteté pour leurs personnes.

Ces paroles donnèrent lieu à M. Bourgeois de lui dire qu'il s'en acquitterait avec plaisir; mais qu'il craignait qu'on ne lui demandât de France quelque acte authenthique par lequel il parût que ce qu'il aurait écrit serait

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