‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 299 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Il rendit aussi ses devoirs au Père Candide ', maître du sacré palais, et au Père Marine, secrétaire de l'Index, qui depuis fut élevé au généralat de l'ordre de Saint-Dominique, aussi bien qu'au Père commissaire, qu'il regardait dans tout ce temps-là comme son meilleur ami et son principal appui. Dans toutes les conversations qu'il eut avec le Père Candide, il reconnut que nul religieux de sa compagnie ne lui était comparable dans le zèle qu'il avait pour toutes les vérités de la grâce enseignées par saint Augustin et saint Thomas, et c'était par cette considération que M. Bourgeois, quelque résistance qu'il en fit, n'avait pu souvent s'empêcher de se jeter à ses pieds pour les baiser.

On a su de lui qu'un jour, l'ayant rencontré dans une rue, il traversa le ruisseau pour le venir joindre, et ce fut pour l'entretenir du refus que la Sorbonne avait fait depuis peu de recevoir et d'enregistrer la bulle que le pape Urbain VIll avait donnée en général contre tous les nouveaux écrivains de la grâce et en particulier contre M. d'Ypres sur les difficultésqui ne concernaient que les formes. Les termes dont ce religieux se servit pour lui déclarer son sentiment, furent que la Sorbonne avait sauvé la vérité, qu'elle avait sauvé l'Eglise par son refus, que cette bulle n'était pas l'ouvrage du Saint Siège, mais des ténèbres; que le pape n'y avait nulle part, qu'elle était fausse, et contre l'intention de Sa Sainteté ; qu'elle avait assez déclaré que toute sa prétention n'avait été que de suspendre et interdire tons les livres de la matière de Auxiliis qui se trouveraient imprimés sans la permission du Saint Siège, avec ordre exprès de ne désigner et de ne nommer aucun auteur en particulier; mais que l'homme ennemi avait sursemé l'ivraie parmi le bon grain; que M. Bourgeois connaissait les auteurs de cette fausseté, et la main qu'ils avaient employée pour la commettre*; que la Sorbonne n'avait qu'à tenir ferme, et que la même vérité qui l'obligeait de recevoir et de respecter les vraies bulles ; du Saint Siège l'obligeait aussi à rejeter les fausses comme celle-là. M. Bourgeois témoigna prendre beaucoup de part à son zèle pour la vérité, et à l'honneur qu'il faisait à la Sor-

1. Viûceat Caudido (1j12-1654) entra dans l'ordre de Saint-Domi- I nique dont il fut vicaire général en 1643 et 1649.

2. En marge, de la main d'IIermant : « Les Jésuites, le sieur Albizzi, i . depuis cardinal. »

bonne; mais comme il connaissait le faible de cette compagnie, où les gens ne bien ne seront jamais les plus forts tant que les Jésuites seront puissants à la cour, il ne put lui promettre sur ce sujet que peu de chose, ajoutant néanmoins que la vérité trouverait encore dans ce corps un bon nombre de défenseurs intrépides, comme il s'assurait aussi qu'elle en trouverait plusieurs dans son ordre, et qu'il n'y avait rien à craindre pour elle, puisqu'elle n'était pas seulement invincible en elle-même, mais qu'elle rendait aussi invincibles ses défenseurs.

Le Père Inchofer ajouta aux autres marques de son amitié pour M. Bourgeois un très beau présent de reliques très avérées dont il le régala en partant de Rome, et qu'il demanda pour lui à Jean-Baptiste Mari, gentilhomme romain, son intime ami et son disciple, qui en possédait un trésor inestimable. Ce Père composa aussi quelque temps après un excellent écrit sur le sujet de la Fréquente communion, qui n'a jamais été mis en lumière, et qui n'est pas moins un monument de sa piété que de sa doctrine. 11 y parle avec beaucoup de vigueur, et il finit par ces paroles : « C'est à ceux qui fréquentent aujourd'hui les sacrements, et aux confesseurs qui les entendent à considérer s'ils osent dire qu'eux et leurs enfants spirituels sont exempts de ce désordre. Car en ce cas ils en peuvent approcher avec confiance; mais s'ils ne sont pas dans ces dispositions, ils doivent craindre de défigurer toute l'Église, sous prétexte . de vouloir réformer l'usage de l'eucharistie sur l'ancienne coutume de l'Église primitive. »

Il prit aussi congé d'un très vertueux prêtre romain nommé Bonvicini, l'un des plus grands docteurs et des plus célèbres confesseurs de Rome, qui ayant toujours eu de fort grandes peines sur les absolutions précipitées, et ayant consulté inutilement les plus grands théologiens de la ville, sans en avoir reçu d'autres secours que la confirmation de ses erreurs^ en avait été garanti par la lecture du livre de la Fréquente communion, dont il avait toujours témoigné depuis une continuelle reconnaissance.

M. Bourgeois avait aussi fait liaison d'amitié avec le Père Luc Wading', religieux de l'ordre de Saint-François, hi-

l.Luc Wadding, né en Irlande, entra dans l'ordre de Saint-François dont il composa les Annales. 11 mourut à Rome vers 1635.

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