LIVRE IV
dans le Saint-Office, en faveur du livre qui avait été examiné. A quoi Sa Sainteté répondit à peu près les mômes choses que le commissaire du Saint-Office avait déjà dites touchant les règles inviolables de celte congrégation ; et s'arrôtant à les justifier, il ajouta qu'il paraissait à la vérité quelque injustice en quelques-unes de ses coutumes et de ses lois, mais que ce mal, qui n'était qu'apparent, était suffisamment récompensé par le grand bien qui en revenait au public; que la peine des innocents à se justifier autant de fois qu'il plaît aux méchants de les accuser, et l'impunité de ces accusateurs semblait avoir quelque chose d'injuste; mais que cette grande paix et cette parfaite union d'esprit en une même foi qu'il voyait régner dans les églises d'Italie était l'efi^et de ces petites injustices, plus apparentes que réelles, et même beaucoup plus rares que la plupart du monde ne se l'imaginait; que c'était ce qui avait porté ses prédécesseurs à conserver avec tant de soin les formes ordinaires de l'Inquisition, et ce qui ne lui permettait pas de lui accorder ce qu'il lui demandait pour les approbateurs du livre de la Fréquente communion, quelque désir qu'il eût de les contenter.
M. Bourgeois lui répliqua qu'il n'avait garde de lui rien demander qui allât au renversement des règles de l'Inquisition, à laquelle il se sentait si obligé de la justice qu'elle venait de lui rendre en présence de Sa Sainteté; mais qu'il ne croyait pas qu'il fit rien contre les formes en honorant d'un mot de réponse la lettre qui lui avait été adressée par es prélats. Mais le pape repartit que celui qui lui faisait cette instance ne savait pas encore toutes ces formes, ni tout ce qui les blessait; que cette lettre les blesserait infailliblement, et tirerait après elle des conséquences qu'on ne voyait pas d'abord; de sorte que pour ces raisons il ne pouvait pas la lui accorder.
Le respect que M. Bourgeois lui devait le tint quelque temps dans le silence, et parce que le pape vit que ce refus lui faisait toujours quelque peine, il ajouta que la Sorbonne même n'agissait pas autrement à l'égard des livres qu'elle examinait en corps, et que toute l'approbation qu'elle donnait aux livres injustement dénoncés, après en avoir fait l'examen, était de ne les point censurer; que cette conduite n'était pas seulement juste, mais nécessaire, parce que pour I • 25
ne pas censurer un livre il suffit de voir que les accusations soient fausses, lorsqu'on accuse de fausseté des propositions véritables, ou calomnieuses, lorsqu'on impute au livre des faussetés qu'il ne contient paS;, ce qui se faisait facilement et en peu de temps; mais que pour approuver un livre il faut le lire tout entier, et en examiner les propositions les unes après les autres, ce qui ne se peut faire qu'avec beaucoup de temps, et avec un très grand travail, dont les compagnies ne peuvent pas se charger ; que c'est ce qui les oblige de ne donner pas d'autres approbations aux livres qu'en ne les censurant pas, et qu'ainsi il devait être content de la conduite du Saint-Office à son égard.
M. Bourgeois vit fort bien ce qui se pouvait répliquer à cette dernière raison de Sa Sainteté, et il lui était très aisé de lui représenter, qu'encore que la Sorbonne n'approuve pas des livres en corps, et que ses approbations ne soient autre chose que ses non condamnations, elle ne laisse pas de donner des actes de ses non condamnations, que son greffier délivre à ceux qui avaient été injustement accusés, qui était tout ce qu'il demandait au Saint-Office; mais parce qu'il craignait de blesser par la moindre apparence de contestation le respect dû à Sa Sainteté, il se retrancha dans des actions de grâces générales, pour la manière très obligeante dont il avait été traité par tous les cardinaux et les principaux officiers de ce tribunal, et surtout de la bonté paternelle dont Sa Sainteté lui avait toujours donné des marques, tous les fois qu'il avait eu l'honneur de paraître devant elle. Ces dernières paroles furent suivies de la bénédiction de Sa Sainteté, et M. Bourgeois se relira.
Après avoir terminé cette grande affaire d'une manière si heureuse, il ne lui resta plus guère autre chose à faire que des visites de civilité et de reconnaissance à ses juges et aux autres personnes du dehors qu'il savait lui avoir été favorables. Ceux du Sacré Collège à qui il rendit des devoirs plus assidus, furent les cardinaux Capponi et de Saint-Clément. Il y avait déjà longtemps que le cardinal Barberin était retourné en France avec toute sa famille. Il voyait aussi toujours le cardinal Grimaldi, mais plutôt comme son protecteur et son ami ,que comme son juge.