CHAPITRE XVI
Déclaration de M. Calemis, nommé à l'évêché de Ruremoude. Sermon du P, Landsheere, jésuite d'Anvers, contre Jansénius, plein de bouffonneries. Ou y répond par deux écrits.
La contestation sur la matière de la grâce s'alluma davantage dans les Pays-Bas qu'en France, en l'an 1646. Le sieur Henry Calenus, prêtre licencié en la sacrée Faculté de théologie, vicaire général de M. l'archevêque de Malines, chanoine et archidiacre delà même église, avait été nommé à l'évêché de Ruremonde. Mais comme il était un des approbateurs du livre de M. d'Ypres, qui lui avait même confié par son testament l'impression de cet ouvrage, on publiait de toutes parts qu'il lavait rétracté par un acte tout contraire, afin d'obtenir ses bulles.
Les Jésuites ont pris le soin de faire imprimer cet acte du 8 janvier 1646, quoiqu'il ne contînt autre chose^ sinon une déclaration d'avoir mis à l'écart le livre de Jansénius et une promesse de ne le plus lire à l'avenir, et de condamner toutes les hérésies et propositions condamnées par le passé, et qui le seraient à l'avenir, en quelque auteur que ce soit, même dans VAugustinus de M. d'Ypres.
Mais comme le bruit de cette rétractation lui était injurieux et contraire à ses véritables sentiments, il prit une attestation devant un notaire apostolique, qui certifia que parla déclaration qu'il avait donnée devant le révérendissime abbé de Saint Anastasie, administrateur de la juridiction apostolique, avec pouvoir de nonce, spécialement commis et député par le Saint Siège apostolique dans les Pays- Bas et dans le comté de Bourgogne, touchant le livre du révérendissime évêque d'Ypres, Cornéhus Jansénius, il avait reconnu plusieurs fois en termes exprès, que par un pur respect envers notre Saint Père le pape et le Saint Siège apostolique, il avait depuis quelques mois mis cet ouvrage à l'écart, ne l'avait point lu et ne le lirait plus; il avait ajouté que néanmoins il n'en pouvait juger autre chose, sinon que ce livre contient la pure et solide doctrine de saint Augustin, laquelle ayant été tant de fois approuvée par l'Église, il l'embrassait aussi, et qu'il était résolu de ne s'en départir