‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 311 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Les Feuillaats en usèrent de même dans leur chapitre général tenu à Paris la même année, mais ils s'exprimèrent en termes plus généraux, et ne marquèrent en particulier aucune proposition.

Mais ce qui releva plus que toute autre chose le cœur des Jésuites en celte année fut la thèse que M. le prince de Conti, Armand de Bourbon, soutint le 10 de juin, en Sorbonne, contre le livre de M. d'Ypres et celui de la Fréquente communion, à laquelle présida M. le coadjuteur de Paris, depuis cardinal de Retz. Car ils crurent que cette déclaration d'un jeune prince du sang, plein d'esprit et de vigueur, en faveur de leurs sentiments, était l'entière ruine de leurs adversaires, et ils en furent tellement persuadés, que le P. Deschamps faisant une troisième édition de son livre, sous le nom d'Antonius Ricardus, y fit imprimer cette thèse dans toute son étendue. Mais ils ne prévoyaient pas ce que Dieu devait mettre un jour dans l'esprit et dans le cœur de ce jeune prince, qui ayant établi la doctrine de la pénitence par celle dont il a donné l'exemple dans les dernières année de sa vie, a soutenu jusqu'à la mort la doctrine de saint Augustin par de très doctes et très solides écrits, dont la plupart sont adressés à ce même P. Deschamps. Ce jésuite a reçu la confusion de remarquer par un si merveilleux changement, qu'il avait voulu se prévaloir mal à propos des premiers essais de la jeunesse d'un prince qui ayant reçu ces mauvaises impressions par la première teinture de son éducation dans leur compagnie, l'a entièrement effacée par une application continuelle à la lecture de saint Augustin, au milieu de ses grands emplois, dans le sage gouvernement de l'une des plus grandes provinces du royaume ; et on ne peut pas s'imaginer, en tout notre siècle, une preuve plus admirable de ce que peut sur le cœur de tous les hommes et des princes mêmes, la grâce victorieuse de J.G.

Les Reliques de M. de Saint-Cymn, dont nous avons déjà parlé, parurent la première fois cette année, et toutes les personnes équitables ne purent voir sans horreur les excès si outrageux des Jésuites contre la mémoire de l'un des plus savants théologiens et des plus saints ecclésiastiques de ces derniers temps, qu'ils transformaient en hérésiarque, pour le rendre coupable de toutes sortes d'erreurs et d'im-

piétés, quoiqu'il fût mort la plume à la main, en écrivant contre Calvin et les ministres calvinistes. L'épitaphe horrible qu'ils publièrent contre lui à la tête de cet ouvrage méritait toute la sévérité de la plus rigoureuse justice. Mais la voix publique fut la seule qui condamna ces emportements, et ks lois se trouvèrent sans force et sans armes pour les réprimer.

Vers la fin de cette année, M. Habert, qui avait si mal réussi en écrivant en français de la matière de la grâce, ne fut pas plus heureux en mettant au jour un grand volume latin pour la défense des Pères grecs sur cette matière Son livre était intitulé : Theologia Grœcorum Patrum vindicata circa universam materiam gratine, cum perpétua collatione scriplurœ, concitiorurn,doctrinie S. Augustini, S. Thomse et scholx Sorbonicae libri très. Piget, son libraire, partagea avec lui le déplaisir du mauvais succès de cet ouvrage, qui ne fut connu que pour exposer l'auteur à la risée publique, pour avoir cité au nombre des Pères grecs, MM. Gamache, Du Val et Isambsrt, et dit d'eux, par une exclamation surprenante : nubem testiuml

On lui attribua aussi un libelle qui fut réfuté cette année, intitulé : Propositions tirées du S^ Augustin de Jansénius, évêque d'Vpres. Mais ces ouvrages contribuèrent peu à sa réputation, dont il s'était déclaré le plus dangereux ennemi en les composant, et ceux mêmes qu'il publia, vers ce temps-là et dans la suite, sur d'autres matières, ne serviront pas beaucoup à le rendre célèbre dans les siècles à venir, quoiqu'il l'ait élé beaucoup dans le nôtre, par ses intrigues et sa liaison avec les Jésuites, qui étaient devenus ses amis depuis peu d'années.

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