CHAPITRE XXI
Libelle des Jésuites contre Petrus Aurelius, brûlé par sentence du prévôt de Paris. Cabale pour empêcher qu'il ne fût censuré par la Faculté de théologie. lutrigue et liaison de MM. Cornet et Pereyret.
L'aversion que les Jésuites avaient conçue contre le livre de Petrus Aurelius n'était pas de la qualité de ces passions qui s'éteignent par leur violence, et qui étant conçues légèrement ne sont pas de longue durée. Leur animosité se réveillait à mesure que le clergé donnait de nouvelles marques de son estime pour le mérite de Touvrage et de l'auteur, et lorsqu'ils en virent une troisième édition, avec un éloge magnifique, composé par M. Godeau, évêque de Grasse, à qui toute la compagnie avait donné cette importante commission, ils crurent que leur vengeance n'avait plus de mesures à garder, et perdant tout à la fois la pudeur et le respect, ils ne firent nulle difficulté de couronner tous leurs anciens excès par une nouvelle insolence.
Ce fut en publiant un libelle intitulé : Tlieologia Pétri Aurelii^ sive prœcipui ejus errores contra fidem ac bonos mores excerpti ex latinis ejusdem operibus denuo in lucem editis anno 1646^ aulore Christiano catholico, Audomaropoli, 1 647, Cette dernière inscription était fausse, et ce libelle, qu'ils disaient avoir été imprimé à Saint-Omer, sortait des presses de Paris et de Rouen.
Mais pour comble de témérité et d'effronterie, ils avaient dédié ce libelle au pape Innocent X, comme pour se plaindre de tout le clergé de France, et pour obtenir de Sa Sainteté la censure de l'un des plus excellents livres de notre siècle, qui avait reçu tant de fois l'approbation et les éloges des