LIVRE IV
Marie en la rue Saint-Antoine, il n'avait pu si bien dissimuler ses sentiments, qu'il ne lui échappât de lui dire que le concile de Trente avait été assemblé par des motifs purement humains, ou que c'était un concile de police, ou une assemblée d'États, ou qu'on n'était point obligé d'y déférer, ou quelque chose de semblable, car chacun le rapportait différemment.
On ajoutait que, dans la même rencontre, il avait dit à cette religieuse, que depuis les quatre premiers siècles, il n'y avait plus d'Église que dans le cœur des fidèles. Cette calomnie ayant été dite à la reine, par cette Mère de la Visitation, obligea le P. Des Mares de supplier très humblement M. l'archevêque de Paris, par cette lettre, d'obtenir de la reine sûreté de sa personne, afin qu'il pût comparaître devant lui, qui était son juge en une affaire de cette qualité, et il assura que Sa Majesté ne lui aurait pas plus tôt accordé celte grâce, qu'il se mettrait dans l'état où doit être un accusé, ayant une si parfaite confiance, premièrement et sur toutes choses en la protection de Dieu, et ensuite en la force de la vérité et au zèle que ce prélat avait toujours témoigné pour l'innocence calomniée, qu'il ne doutait aucunement que Dieu ne tirât par son moyen sa justice comme le jour, et son jugement comme la lumière du midi [pour parler après l'Écriture^*.
Il lui représenta l'énormité du crime de la calomnie, et la peine qui en est marquée dans le soixante-douzième canon de ceux que le pape Adrien avait envoyés en France, il y avait près de neuf cents ans, mais avec un cœur si tendre, qu'au lieu de demander que ceux qui avaient offensé sa réputation fussent châtiés d'une si grande témérité, il eût plutôt souhaité d'être intercesseur de leur pardon que de poursuivre leur châtiment. Et il se réduisait à demander seulement que l'intégrité de sa foi fût connue de tout le monde, et que Ton n'eût plus sujet de croire qu'il eût parlé avec mépris des choses qu'il estimait et qu'il hono-
Thomas Gobelin du Val. Après une vie très mondaine, elle se jeta dans la dévotion, et son mariage ayant été déclaré nul, elle se mit sous la direction de saint François de Sales et entra à la Visitation en 1620.
1. Cette lettre est rapportée au style direct dans les Mémoires de Batterel, les derniers mots ne sont que dans Batterel.
rait avec plus de révérence, qui sont l'Église et le saint concile de Trente.
Quant à l'Église, il ne voulait point d'autre témoin du respect qu'il avait pour elle que lui-même, et lui remettait dans la mémoire de quelle sorte il en avait parlé à Saint- Aiidré-des-Arts, au dernier sermon du carême, qu'il avait fait en présence de ce prélat. Car il avait prononcé malédiction et anathème contre ceux qui se séparent du Saint Siège et de la chaire de saint Pierre, sous quelque couleur que ce puisse être, puisque c'est la pierre qui subsiste immobilement comme l'Ég-lise, et qui par la promesse expresse de Celui qui l'a établie, doit triompher de toutes les puissances de l'enfer, jusqu'à la consommation des siècles. Et quand au concile de Trente, il reconnaissait dans cette lettre que tout le monde savait que c'était un concile comparable en science et en lumière aux plus grands et aux plus savants conciles de l'Eglise ; un concile qui a fait profession de prendre pour la règle de ses jugements l'Écriture Sainte, les décisions des synodes et des papes, la tradition et l'histoire ecclésiastique; un concile enfin qui a renouvelé tout ce qu'il y a de plus saint dans les ordonnances des anciens conciles, touchant la réformation des mœurs et de la discipline canonique.
Quelques-uns crurent que cette imposture si noire avait été suggérée k cette religieuse par le P. de la Haye, jésuite, qui l'avait assurée que cela se pouvait faire en conscience. Et tout le monde sait en effet, que c'est l'une des maximes de la morale de ces Pères, que l'on peut calomnier un innocent, quand sa réputation nuit à celle d'une compagnie rehgieuse.
Mais outre cette lettre qui justifia pleinement le P. Des Mares dans l'estime du public, son innocence parut encore par deux preuves très manifestes et. très considérables. Car M™* la marquise d'Aumont*, qui était présente à l'entretien que le P. Des Mares avait eu avec cette religieuse, et qui n'avait rien ouï de lui qui approchât de ce qu'on lui imposait, eut tant d'horreur d'une calomnie si noire et si atroce, qu'elle se retira d'auprès d'elle pour aller demeurer à Port- Royal, oîi elle est morte.
1. Anne Hurault de Cheverny, veuve du comte de Brlançou, puis de Charles, marquis d'Aumoat, mourut à fort-Royal de Paris en 1658.