LIVRE IV
Le P. de Gondi' de TOratoire et M"»® la marquise de Maignelay, sa sœur, ayant appris le bruit qu'une si étrange diffamation faisait à la cour, allèrent aussitôt trouver la Mère Angélique-Hélène, pour en apprendre la vérité de sa bouche ; mais à peine Teurent-ils priée de lui dire si elle avait tenu un semblable discours à la reine touchant ce Père, que celte bonne Mère tirant le rideau de sa grille, peut-être pour ne pas paraître rougir, dit, en s'adressant au P. de Gondi : « Mon Père, il est ridicule d'accuser le P. Des Mares de cela, car c'est comme si on l'accusait d'avoir dit qu'il n'y a point de Dieu. » Sur quoi le P. de Gondi dit à M™» la marquise de Maignelay : « C'est assez, ma sœur, voilà le Père Des Mares suffisamment justifié. »
Nous nous sommes étendus sur cette longue persécution que les Jésuites ont faite au P. Des Mares, au sujet de ses prédications, parce qu'il était important, pour la suite de cette histoire, de faire connaître son grand mérite. Nous le verrons en d'autres occasions que celle-ci, et faire admirer dans Home la même érudition que toute la ville de Paris avait écoutée tant de fois avec applaudissement.
CHAPITRK XXIV
Quelques écrits.publiés en cette année pour et contre la doctrine de saint Augustin.
L'un des plus considérables ouvrages qui fut publié celte année pour l'éclaircissement de la doctrine de la grâce fut un recueil de plusieurs passages de saint Augustin, de saint Prosper et de saint Fulgence, liés ensemble pour former une chaîne précieuse qui représentait les principales vérités de ce mystère si profond. M. Sinnich, qui en était l'auteur, n'y avait contribué du sien que le titre des chapitres, et l'enchaînement des passages; mais comme il avait lu avec une très grande exactitude ces trois saints docteurs de l'Eglise, il en avait ramassé avec un grand soin toutes les
1. Philippe-Emmanuel de Gondi (1581-1662), général des galères frère de l'archevêque de Paris et père du cardinal de Retz, entra à l'Oratoire après la mort de sa femme.
principales preuves, et tiré de leurs écrits les réponses aux objections que l'on peut former contre leur doctrine, comme en eflfet on a remarqué par expérience, que les nouveaux théologiens qui l'ontcombattue, n'ont rien proposé qui n'eûtdéjà été produit autrefois parles Pélagiens et les Semipélagiens, ennemis déclarés de la grâce de J.-G. Ce livre d'une fort juste étendue a pour titre Trias S. S. Patrum.
M. Fromond, qui avait sur les bras les Pères Pétau et Deschamps, jésuites, écrivit aussi cette même année une lettre qui n'était que comme l'essai d'un très grand ouvrage. Elle parut en public sous le nom d'Epistola prodroma.
On imprima aussi en Flandre la Vie de saint Augustin, composée par un docteur de son ordre, nommé Rivius' et une lettre de Lupus Servatus, écrivain du ix^ siècle, sur trois questions importantes de cette matière.
On mit aussi en lumière un dialogue en rimes, touchant la captivité et la rédemption du genre humain, imprimé à Padoue, et qui était attribué à Adeodatus Roborinus, théologien de cette université. On y faisait parler saint Ambroise et saint Augustin, et l'on peut dire que celte pièce, qui était du style des proses de l'Église, était d'une structure assez extraordinaire.
M. Arnauld publia aussi la traduction du Traité de saint Augustin, de la foi, de l'espérance et de la charité, que l'on peut considérer comme l'un des plus savants catéchismes de toute l'antiquité, et qui, dans une petite étendue, renferme un excellent abrégé des sentiments de ce saint docteur de la grâce.
D'un autre côté les Jésuites avaient la plume à la main pour soutenir les sentiments de leur Molina. J. Martinez de Ripalda, premier professeur en l'Université deSalamanque et censeur dans le souverain conseil de l'Inquisition générale de la foi, fit imprimer à Cologne un grand volume contre les articles condamnés autrefois par Pie V et Grégoire XIII, et depuis peu par Urbain VIII, c'est-à-dire contre les propositions de Baïus.
Le P. Pétau entreprit aussi de répondre à la Thériaque
1. Jean Rivius, de l'ordre des Augustios, docteur de Louvain, mort vers 1650.