‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 339 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

sieur Jean Recht, qu'elle chargea de ses lettres du 7 décembre de la même année, pour demander éclaircissement à la Faculté de Douai, tant sur quelques points de la lettre de l'archiduc que de la protestation qu'on attribuait à cette même Faculté et qu'on prétendait avoir été l'occasion de cette lettre.

11 lui avait donné charge de s'informer :

1" Si la Faculté de théologie de Douai reçoit cette lettre pour sienne, la reconnaît et l'approuve^ ou si du moins elle est avouée par MM. nos excellents maîtres Dubois et Randoux, que l'on dit y avoir souscrit, car on ne parle pas de M. Colvenerius, ayant appris qu'il est dangereusement malade;

2° S'il est vrai qu'il y ait eu un religieux, que l'on dit être un homme de croyance, et quel il est, qui a rapporté cette accusation vraie ou imaginaire que l'on attribue à ceux de Louvain contre ceux de Douai, afin que la Faculté de théologie de Louvain (si elle le juge à propos) poursuive devant un juge compétent le jugement de cette calomnie qui fait une si grande division des esprits;

3" Quels sont ces théologiens de Louvain qu'il a nommés et marqués ;

4° S'ils croient ou savent, comme il est insinué dans cette lettre d'une manière odieuse, que la doctrine de Jansénius est la même que celle que quelques-uns attribuent à Baïus, touchant la bulle de Pie V et de Grégoire XIII;

5° S'ils croient que tous ces articles de la bulle de Pie V ont été condamnés comme faux, même dans le sens de saint Augustin. S'il y en a quelqu'un qui regarde ces propositions, ou comme semblables ou comme étant presque la même chose ;

6» Si la sacrée Faculté, ou les excellents docteurs nommés dans cette lettre, tiennent pour une doctrine pestilente celle de Jansénius, qui a tant de liaison avec ses principes et qui y est rapportée, ainsi que le porte le terme de corrompre, qui se lit dans cette lettre, et comme cela est imprimé en propres termes, lorsqu'ensuile elle est appelée doctrine pernicieuse, de peur que la chose ne fût pas marquée suffisamment ;

7° Quels sont les principaux chefs de cette pernicieuse doctrine ; et en quel endroit les enseigne Jansénius;

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8° Si la sacrée Faculté de Douai, par un commun consentement de tous ses docteurs, ou par leurs suffrages uniformes, est d'avis qu'il faille arracher jusqu'à la racine la doctrine de Jansénius, et en supplier même Son Altesse, comme il est exprimé dans cette lettre;

9° S'ils croient que M. Colvenerius, dans le temps que ces deux lettres ont été écrites, ait eu assez de vigueur d'esprit, de sens et de jugement, pour donner comme il faut son avis sur une chose de cette considération, si importante et si difficile ;

10° S'il leur plaît de penser aux moyens de lier une conférence avec les théologiens de Louvain sur la doctrine de Jansénius, dans laquelle les très excellents docteurs de Douai, ( u par eux tous en corps, ou par les députés de leur corps, tâchent de montrer et faire voir, devant des arbitres non suspects, ou devant un ou plusieurs juges non récusables, que Jansénius n'a pas entendu le sens de saint Augustin.

Le même M. Recht prolestait et déclarait, au nom de ceux dont il était député, que si MM. de Douai venaient à bout de le prouver, tous les théologiens de Louvain généralement quitteraient de bon cœur le camp de Jansénius, pour entrer dans celui de saint Augustin, n'étant point attachés à Jansénius à cause de Jansénius, mais par la seule considération de saint Augustin, et ne s'étant engagés au combat que pour maintenir les étendards de saint Augustin.

U leur représentait que les docteurs de Douai auraient égard par ce moyen à la conservation du plus grand bien de la République, de son utilité et de sa paix, et à celle de leur propre honneur et de leur réputation, et qu'après cela la sacrée Faculté de théologie de Douai aurait l'avantage d'avoir la sacrée Faculté de théologie de Louvain pour fille de son érudition, qui lui serait acquise et dévouée du fond du cœur. — Mais cet acte si authentique ne produisit aucun éclaircissement; ces docteurs particuliers qui dominaient dans la Faculté de Douai et qui l'avaient si honteusement engagée^ y eurent assez de crédit pour empêcher cette conférence qu'on leur proposait, et au lieu d'entretenir l'ancienne correspondance qui avait été du temps d'Estius*,

1. William Van Est ou Guillaume Estius (1542-1613) docteur et professeur de théologie à Douai fut supérieur du séminaire et chancelier

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