‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 35 sur 522 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

lettres patentes du roi pour l'établissement du monastère du Saint-Sacrement, et il s'y était trouvé de si grandes difficultés par l'intérêt que diverses personnes y avaient pris, que la bulle du pape était demeurée sans exécution. Mais M. de Marillac', garde des sceaux, qui avait toujours refusé d'en sceller les lettres, changea de sentiment après la guérison du roi, que l'on regarda comme une espèce de miracle. Car Sa Majesté, étant tombée si dangereusement malade à Lyon que tous les médecins en désespéraient, il demanda le Saint Viatique, et le reçut avec tant de piété qu'en reconnaissance du soulagement qu'il venait d'en recevoir, il fit un vœu de se rendre fondateur du monastère du Saint- Sacrement dont on poursuivait alors l'établissement de Paris. Monsieur le garde des sceaux en expédia les lettres et y fît mention de cet effet miraculeux, à quoi les soins de M'ne la duchesse de Longueville, qui s'était déclarée fondatrice de cet ordre dans la sollicitation que l'on faisait faire des bulles de Rome, ne contribuèrent pas peu.

Il ne restait plus que l'agrément de M. l'archevêque de Paris; mais comme on lui avait associé deux évêques dans la qualité de supérieurs de ce monastère, il demeura longtemps inflexible, quoique l'on eût employé toutes sortes de moyens pour avoir son acquiescement. Il se laissa vaincre néanmoins, après trois ans de résistance, et donna son consentement, à condition que dans un an on ferait réformer la bulle pour y insérer qu'il serait principal supérieur de cette maison, que l'examen et la profession des religieuses dépendraient de lui, et qu'il jouirait encore de quelques prérogatives par dessus les autres supérieurs. Ensuite de cette transaction, M. Le Blanc, son vicaire général et son officiai, y mit le Saint Sacrement le 9 mai 1633, et il y entra en même temps quatre religieuses de Port-Royal, savoir : la Mère Marie-Angélique Arnauld, sœur Marguerite de la Sainte-Trinité de Mauroy, sœur Agnès de la Mère de Dieu de Chouy, et sœur Anne de Saint-Paul Arnauld, et quatre postulantes, savoir : sœur Catherine de Sainte-Agnès Arnauld, Madeleine de Sainte-Agnès de Ligny', depuis abbesse de Port-Royal,

1. Il doit y avoir ici une erreur, Marillac est mort eu 1632 ; il n'était plus garde des sceaux depuis 1630.

2. Magdeleiaede Sainte-Agnès de Liguy (1615-1675), nièce du chancelier Séguier et de l'évêque d'Auxerre.

Agnès de la Nativité Haslé, et Anne de Jésus de Foissy de Chamusson, chanoinesse de Remiremont.

Mais quoique M. de Langres eût fait aller à Dijon, dès l'année 1629, dans l'abbaye de Tard, la Mère Catherine-Agnès de Saint-Paul pour la rendre supérieure de ce monastère du Saint-Sacrement quand il serait établi, et qu'ensuite ayant changé de sentiment, il eût jeté les yeux sur la Mère Jeanne de Saint-Joseph;, ancienne abbesse de Tard, néanmoins toutes ses mesures se trouvèrent fausses, et M. de Paris s'affermit dans la résolution de choisir uniquement pour cet emploi la Mère Marie-Angélique, et afin que l'on ne l'en importunât pas davantage il renvoya la Mère Jeanne de Saint-Joseph dans son abbaye de Dijon, dès l'année même de cet établissement (1633).

Le 10 mai de la même année, ce prélat vint célébrer la messe pontificalement dans ce nouveau monastère; il y mit le Saint Sacrement, et mandant ensuite la Mère Angélique au parloir avec ses tilles, il lui souhaita mille bénédictions, en lui disant qu'il priait Dieu qu'elle devînt une mère féconde.

Elle l'a été toute sa vie, depuis qu'elle a commencé à se donner à Dieu tout de bon dès l'âge de dix-sept ans, mais ce n'a pas été dans la maison du Saint-Sacrement que cette fécondité spirituelle s'est fait paraître, selon le sens que M. l'archevêque de Paris avait dans l'esprit. Celui qui avait formé le projet de ce monastère travaillait lui-même à 1» détruire, par une conduite toute différente de celle que l'on avait remarquée en sa personne au commencement; et dès que cette vertueuse abbesse s'était déposée, elle avait vu avec regret un renversement assez sensible de la discipline qu'elle avait tâché de faire régner dans la maison depuis que Dieu lui avait touché le cœur. M. de Langres avait mis au tour et à la sacristie les personnes les plus imparfaites, à qui elle n'avait jamais voulu donner d'emploi, et en cela il avait plutôt consulté l'inclination de ces filles qui le désiraient que le bien de la maison. On ne voulait plus recevoir au nombre des pensionnaires que des filles de marquis ou de comtes ; la simplicité de l'assaisonnement des viandes dont on s'était toujours contenté dans le réfectoire en était bannie; on s'étudiait à diversifier les parfums, les plissures du linge et les bouquets de fleurs pour le service et l'orne-

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