‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 353 sur 522 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Port-Royal, le jour de saint Augustin, docteur de la grâce de J.-C.

Jusqu'alors M. Jean François Paul de Gondy, archevêque de Paris, avait été le protecteur de la maison de Port Royal, et avait toujours témoigné une affection paternelle et toute particulière à la Mère Marie Angélique, comme à sa chère fille spirituelle. C'était sous son autorité que M. Singlin travaillait à la conduite de ce monastère, dont il avait plus de sujet d'être satisfait qu'il ne l'avait jamais été après les louanges que M. Du Saussay ' son grand vicaire et son officiai, avait données à cette sainte maison, ensuite d'une visite faite dans toutes les formes. Mais comme ce prélat se laissait fort gouverner par les capucins, ils prévinrent tellement son esprit en celte rencontre par les plaintes qu'ils lui portèrent jusqu'à Angers, dans son abbaye de Saint-Aubin, qu'il écrivit le 22 de septembre à son promoteur, en lui ordonnant de faire venir incessamment le même M. Singlin, pour lui défendre de plus prêcher dans tout son diocèse, et lui faire connaître par écrit, les sujets de cette interdiction.

M. le Promoteur l'ayant averti, par un billet du 24 du même mois, de le venir trouver chez lui, M. Singlin, qui ne savait encore rien de cet ordre, alla voir M. l'Official, qui le lui dit, l'ayant appris au conseil de M. l'Archevêque, lui témoigna le déplaisir de ce que cette commission ne lui étant point adressée, il se voyait réduit à l'impuissance de le servir, et lui conseilla d'aller voir M. le Promoteur, de se justifier envers M. de Paris par une lettre et de faire écrire ses amis.

Le lendemain, le P. de Gondy ayant appris cette nouvelle de la bouche de M. Singlin, témoigna être étrangement surpris du procédé de M. de Paris, son frère, et eut peine à concevoir qu'il interdît ainsi une personne démérite, contre toutes les formes, et avant que de l'avoir ouïe; qu'il lui conseillait de lui écrire pour sa justification, quoique possible [sic] il ne l'écouterait pas; que de sa part il lui écrirait volontiers, mais qu'il ne croyait pas que cela servît de rien; qu'il lui mandât que le P. de Gondy et M. de Liancourt

l. André Du Saussay, (1595-1615), curé de Saint-Leu à Paris, grand vicaire et ofOcial de l'archevêque de Paris, puis évêque de Toul.

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étaient au sermon dont on lui avait fait des plaintes; que sur sa réponse il rendrait témoignage à la vérité, étant bien aise que M. de Paris lui donnât occasion de lui écrire làdessus; qu'enfin il lui conseillait de voir M. le coadjuteur.

M. Singlin ayant suivi son avis, M. le coadjuteur envoya à l'instant- même M. Salmont, un de ses domestiques, avec M. Du Gué de Bagnols', vers M. l'Official, pour lui dire qu'il l'obligerait fort d'aller trouver de sa part M. le Promoteur, pour faire en sorte qu'il ne signifiât pointa M. Singlin cette interdiction de prêcher; qu'il allait beaucoup de son honneur à souffrir qu'un prédicateur fût interdit, dans le diocèse de Paris et dans la ville capitale, à son insu, et que cette conduite était d'autant plus fâcheuse qu'elle arrivait à contre temps dans la conjoncture où les affaires étaient alors.

Mais l'éloignement de M. l'archevêque de Paris, dont les ordres étaient exprès pour cette interdiction, rendit alors inutiles toutes les sollicitations des amis de M. Singlin, qui étant obligé de défendre son innocence, en écrivit à ce prélat le 29 du même mois*.

M. Singlin finissait celte relation véritable des points qu'il avait touchés en ce sermon, en disant que s'il avait été si heureux que M. l'archevêque se fût trouvé à Paris, il aurait pu en être informé, tant par le rapport de quelques-uns de nosseigneurs les prélats qui y assistèrent, que par celui de plusieurs autres personnes de grande condition, et entre autres de M. son frère, le R. P. de Gondy, de M. le maréchal de Schomberg et de M. de Liancourt, sans parler d'un grand nombre de docteurs de Sorbonne, et d'autres ecclésiastiques de suffisance et de probité reconnues, ne doutant point que ces personnes non passionnées, et dont le témoignage irréprochable ne lui pouvait être suspect, ne l'assurassent qu'ils n'avaient point trouvé qu'il eût rien dit de contentieux en cette prédication, ni qui pût raison-

1. Guillaume Du Gué de Bagnols, maître des requêtes et conseiller dÉtat avait vendu sa charge en 1648 et s'était retiré au château de« Trous, près de Port-Royal. Il mourut en 1657.

2. Ici, conformément à ses habitudes, Hermant cite au style indirect la lettre de Singlia ; la partie essentielle de cette lettre est citée textuel lement dans VHisloire de Port-Royal de dom Clémencet, tome III, p. 85.

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nablement choquer personne, ne s'y étant proposé d'autre fin que l'édification des âmes. Après quoi les nouvelles protestations de respect, de soumission parfaite, et de révérence pour ses ordres, étaient la clôture de cette lettre, qui fut envoyée à Angers le l^"" octobre.

M. l'archevêque de Paris en reçut une autre de M. de Liancourt sur le même sujet, et on en a encore la réponse. M**' l'évêque d'Angers lui en ayant aussi écrit, il remit l'affaire à son conseil, et quoique l'on eût envenimé les plus innocentes et les plus saines expressions de M, Singlin, qui n'avait rien dit dans cette prédication que de très orthodoxe et de très utile, les mauvaises impressions qu'on avait données à ce prélat s'effacèrent après quelque temps, de sorte qu'étant édifié de l'humilité et de la sagesse de sa conduite, qui l'avaient tenu dans le silence pendant trois mois, il le rétablit dans le ministère évangélique, et honora luimême de sa présence la première prédication qu'il fit après cela le jour de la Circoncision de l'année 1650. Ses adversaires ont voulu faire passer pour une rétractation honteuse l'éclaircissement qu'il fit de quelques points de son sermon précédent. Mais ceux qui voudront examiner de bonne foi les paroles mêmes qu'ils en ont fait imprimer, et en juger par rapport avec ce sermon de saint Augustin et avec sa lettre, seront convaincus que n'ayant rien avancé que de très innocent et de très solide, il ne s'est nullement rétracté, en mettant ces vérités dans un plus grand jour.

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