‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 355 sur 522 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

au fond de son cœur un regret profond d'avoir fourni des armes aux ennemis de la grâce, pour combattre la doctrine de saint Augustin par une philosophie tout humaine. Ce fut ce qui lui fît publier en ce temps-là un Traité du libre arbitre, dans lequel il tâche de remédier à ce désordre; mais qui ne laisse pas néanmoins de conserver encore quelques traces de ses premières impressions.

Nous avons déjà parlé de l'écrit de M. Coppin', touchant les conditions qu'il était nécessaire de garder si l'on examinait les propositions de M. Cornet. Elles furent imprimées au mois de décembre de cette année. On les donna aussi peu de temps après en français, et elles furent encore mises au jour avec des notes.

D'un autre côté le parti de Molina tâchait de se soutenir par des écrits aussi bien que par des intrigues. Le P. Véron mit au jour le Prima mensis funeste aux Jansénistes, dès le mois de juillet. H ne tient pas aux Jésuites que MM. Pereyret, Morel et les autres députés ne passent aussi pour des auteurs favorables à leur faction, et ils les mettent au nombre de ceux qui ont écrit en leur faveur, peut être à cause de cette censure informe des propositions qui avait été répandue sous leur nom, et que M. Hennequin désavoua en plein Parlement.

Le P. Sirmond crut aussi travailler pour la cause de sa compagnie en mettant au jour un Recueil de sentences de saint Augustin, touchant la prédestination, la grâce et le libre arbitre composé depuis plus de huit cents ans, et en donnant aussi au public une lettre d'Amolon archevêque de Lyon à Gothescalc, avec une réponse de ce moine. Et cette pièce leur parut si importante, que le P. Girard, jésuite, la traduisit en notre langue.

Le P. Petau, qui faisait aussi paraître beaucoup de chaleur dans cette querelle, publia aussi un livre de l'Interprétation du concile de Trente et de la doctrine de saint Augustin, pour répondre par ce traité à la Lettre d'un abbé à un évêque'.

1. Pierre Coppin, docteur de la maison de Navarre et ciiréde Saint- Lambert de Vaugirard, mourut très âgé en 1667, doyen de la Faculté de théologie.

2. Tout ce passage relatif aux PP. Sirmond et Petau a déjà été rapporté dans le eh. xxvir du livre précédent, v. p. 441.

L'écrit intitulé : Correction fraternelle^ est un ouvrage du P. Hauzeur, religieux de Saint-François, auteur du livre intitulé : Atiatomie de saint Augustin. Il fut composé au mois d'août et ne parut qu'en septembre et le P. Higat*, abbé bernardin ne le laissa point sans réplique.

Le sieur Nicolas Foresl Duchesne*, abbé bernardin, mit aussi en lumière ses Précautions tirées du concile de Trente, contre les nouveautés de la foi, et ce traité parut en même temps en latin et en notre langue.

Le dernier ouvrage du P. Véron fut aussi fastidieux, ou pour mieux dire aussi ridicule que tous les autres; il avait pour titre : L'arrêt de condamnation des Jansénistes confirmé, ou réponse à leurs cinq derniers livres. C'est ainsi que ce bon vieillard s'érigeant de lui-même un souverain tribunal, en alla rendre compte à celui de Dieu, le sixième jour de décembre, qui fut le dernier de sa vie. M. l'archiduc Léopold, qui se laissait toujours gouverner par les Jésuites, donna encore de nouvelles marques du grand crédit qu'ils avaient sur lui en pressant la publication de la bulle de Jansénius par une lettre du 16 de novembre, adressée au conseil privé.

M. MoreJ, qui était à la porte des privilèges et qui avait le crédit de les faire ou accorder ou refuser aux autres ainsi qu'il voulait, en obtint un daté du 29 de novembre de la même année, pour un de ses livres qui avait pour titre : Les véritables sentiments de saint Augustin et de l'Église, touchant la grâce, par M. Claude François^ docteur en théologie, prédicateur ordinaire de Sa Majesté. Mais cet ouvrage, qui n'avait aucune approbation ne parut que l'année suivante. Les Jésuites lui ont fait justice en rapportant cet ouvrage comme de lui, dans la liste des auteurs qui ont écrit en leur faveur contre M. l'évêque d'Ypres, et on a cru qu'il avait pris le nom de François au lieu du sien, parce que Vitry-le-François est le lieu de sa naissance.

1. Raautius Higatus est l'anagramme de Igaatus Huardus. C'est du Père Ignace Huart, abbé bernardin de Flandre (?-?) qu'il est ici question.

2. Nicolas Forest Du Chesae (1595-1650?) d'abord jésuite puis bernardin, fut abbé d'Écurey dans le duché de Bar.

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