‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 356 sur 522 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De ce qui se passa au commenceuient de l'aunée 1650. MM. le Métayer et Girard répondent de tentative. Vindiciae prsedestinationis et gral.iae, par M. Mauguyn, et plusieurs autres écrits.

Deux jeunes théologiens de grand mérite soutinrent au commencement de l'année 1650 leur thèse de tentative sur la matière de la prédestination et de la grâce. Le premier fut M. le Métayer*, natif d'Évreux, qui eut M. l'abbé de La Lane* pour président, qui répondit \^ 8 de janvier. Et le second fut M. Girard*, qui avait fait déjà ressentir en plusieurs rencontres, en disputant dans l'école de M. Le Moine, et dans celle de M. Le Maître, dont il avait pris les leçons, que sa capacité et la pénétration de son esprit dans les matières théologiques allaient beaucoup au-delà de la portée des écoliers. M. Retard*, curé de Magny-Lessart, fut son président. Ils surpassèrent l'un et l'autre l'attente que l'on avait de leur érudition ; et nous verrons dans la suite que M. Girard en aura pour admirateur et pour témoin, le Père Ferrier^, jésuite^ depuis confesseur du roi, dans l'une des plus importantes occasions de notre siècle.

Ce fut aussi vers ce même temps que M. Mauguin*, président en la Cour des monnaies, homme très considérable pour sa piété, aussi bien que par sa doctrine, donna au public un fort grand ouvrage en deux tomes intitulé : Kindiciae praedestinationis et gratix. C'était un recueil des auteurs du neuvième siècle qui avaient écrit sur cette matière

1. Martin Le Métayer (16231704), ne put parvenir au doctorat parce qu'il refusa de souscrire à la condamnation d'Arnauld. 11 devint curé d'Évreux.

2. Noël de La Lane, abbé de Val-Croissant (1618-1673) alla à Rome soutenir la cause de Jansénius et est auteur de nombreux ouvrages sur ce sujet.

3. Claude Girard est ce fidèle ami de Port-Royal qui rédigea en 1663, avec Nicole, les cinq articles envoyés au pape. 11 mourut en 1690.

4. François Retard, docteur en théologie (1608-1663), curé de Magny Lessart en 1648, refusa de souscrire à la condamnation d'Arnauld.

5. Jean Ferrier (1619-1674), recteur du collège de Toulouse, succéda au Père Ânnat comme confesseur du roi en 1670.

6. Gilbert Mauguin, mort très âgé en 1674, était réputé pour sa grande connaissance des Pères et de l'antiquité ecclésiastique.

au sujet d'Hincmar et de Gothescalc ; et il avait aussi tiré de tous les écrivains de ce temps-là une histoire très importante, qui jusques alors avait été peu connue, et que les Jésuites s'y opposèrent comme un but de contradiction. L'approbation de ce livre est du 15 septembre 1649, mais il ne parut que l'année suivante.

On vit aussi sortir de la presse uneLelt7'e d'un prélat à un docteur de Sorbonne, dans laquelle il était traité si l'on peut sans intérêt de salut se départir de saint Augustin dans la matière de la grâce, et cette lettre parut aussi en latin, mais un peu abrégée, sous ce titre : Quae sit sententiae Augustini in materia de gratia et praedestinatione auctoritas expenditur, et an guis ab ea sine salutis periculo possit discedere.

M. de Caumartin, évêque d'Amiens, qui n'avait pas moins de zèle pour le mystère de la grâce que pour la digne administration du sacrement de pénitence, crut en devoir procurer l'instruction aux curés, prêtres et autres ecclésiastiques de son diocèse. M. Feydeau ', docteur de Sorbonne, qui avait alors son établissement et son emploi avec M. du Hamel, curé de Saint-Merry, fut prié d'y travailler, et ce fut ce qui donna la naissance au petit traité qui parut sous le nom du Catéchisme de In grâce^ et dont le titre fut changé quelque temps après, pour de bonnes raisons, en celui à.' Eclaircissement de quelques difficultés touchant la grâce. Il y en eut en peu de temps deux éditions, l'une le 21 avril et l'autre le neuvième jour de mai. Et ce traité, qui ne contenait que peu de feuilles, n'irrita pas moins la passion des Jésuites que les grands volumes dont on les avait accablés; et ne pouvant le détruire par leurs libelles, ils employèrent enfin tout ce qu'ils avaient de crédit à Rome pour le flétrir par leurs intrigues.

Un théologien composa vers ce temps-là un écrit que l'on a encore, sous cette inscription : « Quelles sont les principales difficultés sur la matière de la grâce et du libre arbitre, entre les théologiens qui soutiennent la doctrine de saint Augustin, elles Jésuites gui enseignent la doctrine de Louis Molina

1. Matthieu Feydeau (1616-1694), vicaire de Du Hamel à Belleville puis à ?aint-Merry, est auteur de plus^ieurs ouvrages et de curieux mémoires encore ms. Après plusieurs exils il mourut à Annouay.

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de leur compagnie ». Ce petit ouvrage n'a pas été imprimé.

Le P. Adam % jésuite, était nouvellement venu de Bordeaux et prêchait alors à Paris, avec quelque réputation, et croyait s'en devoir servir pour établir la doctrine de son Molinasur la ruine de celle de saint Augustin. Il s'était déjà emporté à de grands excès dans un livre intitulé : Calvin défait par lui-même, et par les armes de saint Augustin, qu^il avait injustement usurpées sur les matières de la grâce, de la liberté et de la prédestination, et sous prétexte de combattre cet hérésiarque, il avait tâché de détruire l'autorité de cet incomparable docteur de la grâce, sans en épargner même saint Paul, qui en est l'apôtre. Après la publication de cet ouvrage, qu'il dédia à M. Martineau, évêque de Bazas, le 20 février 1650, il abusa de la sainteté de la chaire pour traiter injurieusement saint Augustin, et s'emporta contre lui par des paroles d'un très grand mépris, le dixième jour de mars de la même année.

iM. de La Lane, docteur en théologie et abbé de Val-Croissant, qui n'avait encore rien fait imprimer, fut poussé d'une juste indignation, contre une si grande insolence, et ce fut l'occasion du premier ouvrage qu'il aitjamaismisen lumière. Il le nomma : Défense de saint Augustin contre un sermon du P. Adam, jésuite, et le commença par un excellent passage de saint Prosper contre Cassien. Ce fut la première fois qu'il se fit voir sur les rangs, la plume à la main, pour combattre les ennemis de la grâce; mais il s'y est signalé jusqu'au dernier soupir, dans les plus importantes occasions de notre siècle ; et on lui est redevable de plusieurs éclaircissements très importants, par le soin qu'il a eu de proportionner les sentiments de saint Augustin à l'usage et aux expressions de l'école de saint Thomas, dont il s'était instruit par une étude et une application de plusieurs années.

Il parut en cette même année, dès le premier jour d'avril, un ouvrage de piété qui excita d'abord l'admiration des doctes, et qui a nourri depuis ce temps-là la dévotion du peuple et des personnes les plus simples. C'est VOffice de l'Église et de la Vierge en latin et en français par le sieur Du Mont*, qui est devenu si célèbre par toute la France,

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