LIVRE IV
ecclésiastiques et qui fout gémir les gens de bien ; que pour autoriser davantage cette doctrine et lui donner plus de force, il estimait que la Faculté devait accepter l'offre que faisait l'auteur de la lui dédier, et qu'il y avait occasion de bénir Dieu de ce que par une miséricorde très particulière il lui en avait donné le mouvement, quoique par humilité il eût supprimé son nom; qu'il s'étonnait de ce que des docteurs qui faisaient profession de piété rejetaient ainsi un livre si merveilleux, et s'élevaient contre ceux qui le voulaient accepter, empêchant que la Faculté ne donnât des marques de sa piété et de sa reconnaissance envers celui dont Dieu s'était servi pour opérer cette bonne œuvre. Il reprit ensuite toutes les raisons de M. Cornet, et les réfuta; que ceux qui rejetaient ce livre s'exposaient inévitablement au blâme que méritaient leur cupidité et leur avarice, puisque c'était là l'unique motif de l'aversion qu'ils témoignaient contre un livre qui condamnait leur dérèglement; que quant aux ordonnances qui obligeaient les auteurs à déclarer leurs noms, il pouvait dire qu'on y avait dérogé depuis longtemps au vu des rois, de leur conseil, de leurs magistrats et de tout le royaume ; que même elles n'avaient jamais été faites que pour empêcher la publication de quelques libelles qui se faisaient contre l'État et contre la tranquillité publique, et non point celle des livres qui ne contiennent que des vérités orthodoxes et l'explication des règles nécessaires pour la réformation des mœurs des fidèles, etqui, par cette considération, pourraientexposerlapersonne des auteurs à la persécution, s'ils se découvraient sous leur véritable nom, comme il était arrivé à M. le syndic même, et à quelques autres auteurs de très grande réputation ; que le mal qu'on voulait faire appréhender à la Faculté, si elle agréait qu'on lui dédiât des livres, était un mal imaginaire, puisque les approbateurs étaient responsables de la doctrine qu'ils contenaient ; qu'elle avait droit de les punir s'ils y commettaient quelques fautes, et qu'ainsi elle se garantissait de la haine et de l'envie qui lui seraient inévitables sans cette précaution. Enfin, que depuis qu'il était dans la Faculté elle n'avait point agi autrement.
M. Coqueret dit en peu de mots qu'il ne pouvait point accepter ce livre, ni permettre qu'il fût dédié à la Faculté, tant pour les raisons qui avaient déjà été alléguées, que
parce que l'auteur faisait paraître, par la suppression de son nom, quelque défiance de la doctrine de son livre. Cet avis fut mal reçu de toutes les personnes équitables.
M. Héron * insista encore sur cette suppression du nom de l'auteur, et ajouta que cette conduite méritait quelque peine ; qu'il estimait que la Faculté devait employer toutes sortes de moyens pour en empêcher la publication avec la feuille qui contenait ses éloges, et faire en sorte que le magistrat de police fît commandement au libraire de n'en point débiter aucun sans cette correction.
MM. Le Vaillant, Hély, Guyard*, Guischard, DavoUé suivirent le même avis, et principalement en cette dernière clause, et parlèrent avec chaleur.
M. Guillebert parla avec beaucoup de courage, et fît valoir tout de nouveau les raisons de M. Pignay.
M. Marcan ' ajouta que M. Morel ayant dit dans son avis que l'auteur du livre publié sous le nom de Claude François ne pouvait point être blâmé, puisque s'appelant véritablement Claude, et étant français de naissance, il l'avait publié sous le nom du royaume dans lequel il vivait, sans y mettre celui de Morel, qui est son surnom ; il semblait n'y avoir plus de difficulté sur le fait du livre qui était en question. Car on pouvait se persuader que le nom de Claude de Paris était le véritable nom de l'auteur, qui s'appelait Claude par son nom de baptême, et de Paris parce qu'il était né dans cette capitale du royaume, et que ce surnom était bien moins étendu que celui de M. Morel, qui avait pris toute la France pour sa patrie; qu'ainsi la Faculté pouvait agréer la bonne volonté de cet auteur, sans donner néanmoins une approbation positive au livre qu'il lui dédiait.
L'avis de M. Morel prévalut, mais comme M. le doyen voulut former la conclusion, ceux qui avaient pour eux la pluralité des suffrages formèrent une difficulté qui excita de grandes contestations ; car ils voulaient que la conclusion
i. François Héron, docteur de Sorbonne en 1635, aumônier de la reine et prédicateur du roi, mourut en 1682.
2. Denis Guyard devint syndic de la Faculté do théologie par la protection de Cornet. Il mourut en 1674.
3. Philippe Marcan (1623-1658) docteur de Navarre, était de la communauté de Du iïamel à Saint-Merry et fut forcé de quitter cette paroisse en 1656, après l'exil de ce curé.