Louis Dinet (1S
sieurs personnes, est une preuve de ce qu'elle avait été conçue en ces termes.
Mais la disposition où il trouva le clergé lui fit bientôt changer de conduite. Car il considéra que s'il proposait cette lettre à l'Assemblée pour la souscrire, il s'y trouverait des évéques très habiles et très éclairés qui en pourraient remarquer les mauvaises conséquences, et la rejeter comme capable de troubler la paix de l'Église. Ainsi il trouva plus à propos de faire dans les ténèbres ce qu'il ne pouvait exposer impunément à la lumière du jour, et se réduisit à ne solliciter, par ses intrigues secrètes, que les signatures particulières de quelques prélats, étant plus aisé d'en surprendre plusieurs qui ne savaient pas de quelle manière les choses s'étaient passées en Sorbonne l'année précédente. Il retrancha donc de sa lettre les mots par lesquels il exprimait qu'elle était écrite d'un commun consentement de tous les évêques, et se servit de quelques docteurs, ses plus intimes confidents, pour surprendre plusieurs prélats en leur déguisant le fond des choses.
Lorsque cette mine fut éventée, M. Arnauld, qui était caché dans une profonde retraite pour se garantir de la persécution que lui faisaient ses ennemis, en découvrit le mystère à tout le monde par un écrit intitulé : Considérations sur la lettre composée par M. Vévêque de Vabres, pour être envoyée au pape en son nom et de quelques autres prélats dont il sollicite la signature *.
L'événement a fait voir que les prédictions de cet écrit étaient quelque chose de plus que de simples conjectures. Ceux qui sollicitaient par tant de voies obliques la censure des cinq propositions, et à Paris et à Rome, avaient moins pour but la flétrissure de Jansénius que la ruine de la doctrine de saint Augustin. Mais on peut aussi remarquer par ce même écrit que l'on n'a jamais soutenu ces propositions que dans le sens catholique de saint Augustin, et il étaitdifficile de s'en expliquer par des paroles plus expresses et plus précises.
On fit une autre réfutation de cette lettre de M. de Vabres que l'on combattait de point en point, par les armes de la
■1. Cet ouvrage d'Aruauld est imprimé au tome XIX de l'éditiou de ses œuvres (1778). Hermantle transcrivait en entier dans ce chapitre.