CHAPITRE XVI
M. Ilabert, évêque de Vabres, fait signer par quelques évêques une lettre au pape, contre M. d'Ypres. M. Arnauld publie des considérations sur cette lettre.
M. Habert, évêque de Vabres, était alors à Paris et était du nombre des députés de l'Assemblée générale du clergé de France. Le mauvais succès qu'il avait eu dans ses sermons et dans ses livres le faisait résoudre de se servir d'une autre voie pour se venger de ceux qui l'avaient couvert de confusion, et se voyant si faible et si méprisable la plume à la main, il essayait d'éprouver s'il ne serait pas plus fort par des intrigues et par des cabales. Il était lié d'intérêt et d'amitié avec les docteurs qui avaient poursuivi, l'année précédente, la censure des cinq propositions. Mais cette affaire ayant trouvé de si grandes difficultés dans l'assemblée de la Faculté de théologie, il étudia les moyens de faire réussir à Rome ce qui venait d'échouer à Paris.
Ayant appris de feu M. l'évêque de Mâcon*, l'un des présidents de l'Assemblée, ce que les Jésuites de Rome avaient mandé au P. Dinet, son frère, savoir que, si l'on pouvait obtenir une lettre du clergé de France à Sa Sainteté pour lui demander le jugement du livre de M. l'évêque d'Ypres, leurs Pères avaient assez de crédit au delà des monts pour en obtenir une censure. Il embrassa avec joie cette occasion de se venger et de servir en même temps les Jésuites, les anciens amis de sou cœur. Se voyant donc fortifié par l'assistance de M. l'évêque de Màcon, qui était tout jésuite comme lui, il conçut dans sa première chaleur le dessein de faire signer une lettre par tous les prélats de l'Assemblée, et l'ayant composée dans cette vue, il y avait d'abord inséré ces mots, qu'il changea depuis : « qu'ils s'étaient portés d'un commun consentement à l'adresser à Sa Sainteté, Sanclitati tuse scribendum esse communi calculo censuimus. » Une copie manuscrite, qui tomba pour lors entre les mains d'un évêque et qui fut vue par plu-