Barthélémy Jacquiaot, jésuite
sine peraet haculo\ dans une nudité absolue, dans une pauvreté parfaite, et dans une soufFrance continuelle de toutes sortes de martyres de corps et d'esprit.
Il était étrange qu'une proposition si extraordinaire* n'ait pas rebuté d'abord tous ceux à qui il s'en expliqua, et qu'il se soit trouvé des personnes assez simples et assez crédules pour s'engager dans ce parti ; cependant un médecin de Périgueux, deux écoliers, un paysan de Cusagnes avec sa femme, un prêtre et un corroyeur de Limosin et quelques autres personnes prirent d'abord ses illusions pour des vérités réelles. Lemédecinmême écrivitun jour à l'auteur de celte nouvelle Église une lettre toute pleine de transports, par laquelle il lui mandait qu'étant à la congrégation des Jésuites de Périgueux, il avait vu descendre sur lui et sur ses nouveaux disciples des flèches de feu toutes ardentes, et qu'il se sentait animé par des voix intérieures qui lui étaient continuellement réitérées. Tant il est vrai qu'il n'y a rien de si contagieux que l'impression fanatique. Mais ce médecin, qui avait l'esprit malade, fut guéri de cette illusion lorsque la santé de son corps fut rétablie, et c'est une chose surprenante que les autres disciples de Labadie n'aient point d'abord été détrompés de ses folies et de ses impiétés; car ayant entrepris de distribuer à chacun de ses disciples deux esprits, l'un apostolique et l'autre de quelque saint du moyen siècle, comme par exemple à ce médecin l'esprit de saint Luc et celui de saint Augustin, à son frère le sieur de Labadie, cavalier, l'esprit de saint Paul et celui de saint Louis, la mémoire et le jugement lui manquèrent tout à la fois dans ce partage ; et il donna l'esprit d'un même saint à deux diverses personnes. Pour lui, qui choisissait toujours la meilleure part, il se donna à lui-même un triple esprit, croyant avoir tout à la fois celui de J.-C, de saint Jean-Baptiste et de saint François Xavier, comme si le premier n'eût pas suffi.
Cependant le P. général des Jésuites, à qui il avait demandé son congé avec de très grandes instances, pour pouvoir sortir de sa compagnie, en avertit le P. Jacquinot son admirateur, et ce provincial ayant aussi été averti de ses révélations par le moyen d'un récollet à qui le P. de