CHAPITRE XVI II
Quelques ouvrages publiés pour la défense de la doctrine de la grâce, pendant les mois de novembre et de décembre.
Le P. Deschamps, jésuite, ayant voulu faire une espèce de diversion dans ses écrits, et accuser de calvinisme les défenseurs de saint Augustin, au lieu de se justifier du parallèle que l'on avait fait de ses auteurs avec les semipélagiens et les prêtres de Marseille, on lui répondit en Flandre par un petit écrit, qui avait pour titre : Stratagemà Antonii Ric/iardi quo bellum sui suorumque defensivum ab erroribus Massiliensium transtulit in S. Augustini et episcopi Vprensis bellum offenswum.
Le Catéchisme de la grâce, composé par M. Feydeau, docteur de Sorbonne, avait tellement irrité les Jésuites qu'ils mirent toutes choses en usage pour le flétrir et le perdre de réputation. Ils crurent d'abord qu'il lui en fallait opposer un autre et il parut imprimé à Douai, en 1650, avec ce titre : Catéchisme ou abrégé de doctrine, touchant la grâce divine, suivant la bulle de Pie V, Grégoire XI II et Urbain Y 111. Antidote contre les erreurs du temps, par un docteur de la sacrée Faculté de théologie de Douai. Mais ayant sollicité au tribunal de l'Inquisition de Rome une censure, celui de
1. Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force (1539-1652) était protestant. 11 fut fait maréchal de France en 1622.
Douai y reçut aussi la même atteinte, et tous deux furent défendus comme traitant de matières qui étaient au-dessus de la capacité du peuple, et dont la lecture leur pouvait causer du péril et du scandale. Le décret de l'Inquisition est daté du sixième jour d'octobre de cette année 1650. L'abbé de Sainte-Anastasie, internonce aux Pays-Bas, l'adressa aussitôt à M. l'archevêque de Matines pour le publier dans son diocèse ; et ce prélat ayant donné celui de Douai à examiner aux docteurs de Louvain, ils en firent la censure, qui parut depuis sous ce titre : AsserUUiones excerptœ ex Catechismo ejusdem doctoris Duacensh et a sacra Facultate Theoiogica Academiae Lovaniensis censuratae ad requisitionem illustrissimi D. Arch. Mechliniensis. Ce prélat l'adressa au pape l'année suivante.
Mais l'ouvrage le plus considérable de cette année fut un livre de M. Arnauld, publié avec l'approbation de six docteurs, savoir : MM. Chastelain, Coppin, Brousse, Holden', Blondel*, Callaghan', et intitulé : Apologie pour les saints Pères de VEglise, défenseurs de la grâce de J.-C.^ contre les erreurs qui leur sont opposées: Dans la traduction du Traité de la vocation des Gentils, attribué à saint Prosper, et dans les réflexions du traducteur. Dans le livre de M. Morel, docteur de Sorbonne, intitulé : Les véritables sentiments de saint Augustin et de VEglise. Et dans les écrits de M. Le Moine, docteur de Sorhonne et professeur en théologie, dictés en 1647 et 1650. Il fut impossible d'en obtenir le privilège de M. Mole, pour lors garde des sceaux de France, quelque inclination qu'il parût avoir pour le donner, ne s'en excusant que sur les ordres de la cour. Car MM. Morel et Grandin s'étaient dès lors érigés en souverains censeurs des livres par une entreprise qui opprimait entièrement la liberté de la Faculté de théologie, et qui donna occasion à des Considérations très importantes, qui furent imprimées sur ce sujet, car comme ces deux docteurs à gages, ainsi qu'on leur reprocha dans cette grande et célèbre apologie, s'étaient dé-
1. Heuri Holdeu (1596-1662), reçu docteur en théologie à Paris quoique de nationalité anglaise; auteur de quelques ouvrages.
2. Jean Bloudol (1602-1675), curé de Saiut-Hippolyte, fut signataire de l'appel au Parlement contre les propositions de Cornet.
3. Jean Callaghan, né en Irlande, fut reçu docteur à Paris vers 1643. 11 devint curé de Gour-Cheverny eu 1650 et mourut en 1664.