CHAPITRE XXIX
Menaces de M. Ilallier. Lettre d'un religieux écrite de Marcoussy. Réponse de M. Arnauid au Manifeste de la véritable doctrine des Jansénistes.
L'assemblée de la Faculté tenue le mois de décembre fut plus paisible que la précédente, parce que les docteurs affectionnés à saint Augustin se contentèrent de la conclusion que nous venons de rapporter. M. Hallier ne put néanmoins s'empêcher de leur faire dire que si on écrivait contre lui, il les pousserait à bout et ferait publier contre eux des choses abominables. Et comme ils lui avaient fait représenter quelques extraits des lettres qu'il avait écrites au P. Mulard*, il répondit qu'ils étaient d'effroyables gens, qu'ils allaient prendre ses lettres lorsqu'elles étaient mises à la poste; qu'il irait à Rome et que là il ferait connaître leurs maximes abominables et leurs desseins pernicieux. Voilà ce que quelques justes remords de ses actions passées et la crainte de l'avenir lui faisaient dire dans l'excès de sa passion ; mais la charité tendre de ceux à qui il faisait ces menaces ménagea sa réputation, dont il était trop prodigue, et il n'en devint que plus fier et plus emporté, quand il reconnut dans la suite que l'on séparait la défense de la vérité d'avec les causes et les actions personnelles.
On publia le deuxième jour de décembre une lettre d'un religieux à un de ses confrères, sur le sujet de la grâce ; elle était écrite de Marcoussy.
Les ennemis de la grâce venaient de répandre dans le monde le plus exécrable libelle que l'enfer eût pu inspirer aux hommes, et on l'avait intitulé : Le Manifeste de la véritable doctrine des Jansénistes, telle qu'on la doit exposer au peuple, composé par rassemblée de Port-Royal, contre les calomnies des molinistes et les sinistres explications qu'on lui donne au désavantage de la vérité. — A Paris chez Euimanuel Gourdon, à la montagne Sainte Geneviève, à l'image saint Augustin. Ceux qui avaient fait autrefois leur apprentissage dans le métier des calomnies en composant la lettre d'un
1. Ce F. iViulard, cordelier ^?-7) fut envoyé à Rome par Hallier, son parent.