‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 424 sur 522 · LIVRE Vi · texte numérisé non relu

LIVRE Vi

ministre, et ensuite celle d'un soldat d'Arras pour rendre M. Arnauld odieux à tout le monde, s'étaient surpassés euxmêmes dans la supposition de ce prétendu manifeste. Aussi M. Arnauld employa toute la rapidité de sa plume pour y répondre en trois semaines, et il le fit par une Remontrance aux PP. Jésuites^ touchant un libelle qu'ils ont fait courir

dans Paris sous ce titre : Manifeste

Il commence cette remontrance par des réflexions générales sur l'énormité de cette supposition, et vient ensuite aux preuves particulières de la fausseté de ce libelle. Il en tire la première de ce qu'il a été publié par les colporteurs; la seconde du mot de manifeste, propre aux Jésuites, et non aux disciples de saint Augustin ; la troisième des noms injurieux de Jansénistes et de Jansénisme; la quatrième de ce qu'un des plus célèbres disciples de saint Augustin, docteur et professeur du roi en Sorbonne y est marqué comme enseignant un Évangile nouveau ; la cinquième de ce qu'il y est dit que ce manifeste est composé par {'Assemblée de Port-Royal ; la sixième du style ridicule de ce manifeste, entièrement différent de celui de Port-Hoyal; la septième des termes infâmes dont se sert l'auteur de ce manifeste ; la huitième du mot de moine et de la manière basse et injurieuse dont il est parlé des religieux ; la neuvième des reproches doux et honorables que les Jésuites se font faire à eux-mêmes dans ce manifeste ; la dixième des louanges que les Jésuites sy donnent d'avoir retrouvé la porte des sciences, et d'en avoir été les restaurateurs ; la onzième des horribles et damnables sentiments qu'ils mettent dans la bouche des disciples de saint Augustin ; la douzième de ce qu'ils attribuent aux autres les excès et les relâchements dont ils sont eux-mêmes coupables; la treizième de ce qu'ils représentent les mêmes personnes, par une honteuse contradiction, dans deux esprits tout contraires, l'un d'une excessive sévérité, et l'autre d'un extrême relâchement ; la quatorzième de ce qu'ils font dire aux disciples de saint Augustin qu'ils prêchent la pénitence publique ; la quinzième de ce qu'ils leur font dire, avec Luther, que nous ne sommes que les causes purement passives de notre salut ; la seizième de ce qu'ils font dire aux disciples de saint Augustin, qu'ils nexhort<'nt personne à ■prier Dieu ; la dix-septième de ce qu'on se sert des consé-

quences des Pélagiens pour rendre odieuse la doctrine de saint Augustin et de l'Eglise, touchant la prédestination gratuite; la dix-huitième de ce qu'on fait dire aux disciples de saint Augustin que leur doctrine justifie tous les péchés; la dix-neuvième de ce qu'ils font dire, par le plus horrible de tous les excès, que selon leur doctrine les parricides mêmes des rois, seraient permis*; la vingtième de ce qu'ils supposent qu'on a publié cet écrit pour rendre la doctrine de saint Augustin plus plausible.

L'amas de toutes ces circonstances faisait voir invinciblement que les Jésuites étaient les uniques auteurs de ce manifeste diabolique, et c'était tout ce qu'il y avait à faire pour le faire retomber sur la tète de ces calomniateurs infatigables, qui ne combattaient leurs adversaires qu'avec des armes empoisonnées.

Cet ouvrage finissait par une exhortation charitable que l'auteur faisait aux Jésuites de ne plus se servir à l'avenir d'une politique si étrange et plus conformeau machiavélisme qu'à l'Évangile, à épargner leur conscience, la vérité, l'innocence des disciples de saint Augustin, les restes de leur propre réputation qui s'etfaçait de jour en jour, et qui s'était noircie si notablement depuis ces disputes; à ne plus passer de mensonge en mensonge et d'un abîme à un autre abîme ; à faire en sorte que la décadence de leur ordre se fit au moins par intervalles et par degrés, et non par des ruines et par des chutes, par des excès si visibles et par de si grands scandales. Il reconnaissait combien cela était difficile, parce qu'ils ne pouvaient pas aisément s'arrêter sur une pente si glissante, et que leurs plaies étaient d'autant plus difficiles à guérir qu'ils étaient accoutumés à faire la cause de Dieu de la satisfaction de leur vengeance, aussi bien que sa plus grande gloire de l'honneur prétendu de leur société. Mais il espérait que si cette remontrance leur était inutile, et s'ils se croyaient aussi impeccables dans leur conduite qu'infaillibles dans leur doctrine, elle lui servirait au moins, et aux autres disciples de saint Augustin^ à obtenir de Dieu la lumière de son esprit, pour avoir toujours en horreur ces noires inventions d'une haine malicieuse et mortelle, et la force de sa grâce, pour

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