‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 452 sur 522 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

toutes semblables à celles de ce prélat, auxquelles il avait tant de répugnance, il eut encore plus d'envie de s'instruire de sa doctrine, et ayant changé de couvent par l'ordre de son chapitre, il trouva dans la maison où il fut envoyé la première Apologie de M. Jansénius et son livre même, qu'il lut avec beaucoup d'attention et de joie, particulièrement après qu'il l'eut conféré avec les œuvres de saint Augustin, et qu'il y eut trouvé une fidélité exacte et parfaite. Alors ouvrant les yeux, il se plaignit à lui-même de la crédulité avec laquelle il s'était laissé prévenir, et prit la résolution de ne blâmer jamais un livre sans l'avoir lu, et qu'il ne fût légitimement condamné par l'Église. Surtout il se crut obligé d'avouer qu'il n'avait jamais vu de livre qui témoignât plus de soumission pour lo Saint Siège et dont l'auteur fît paraître une humilité plus sincère, et moins d'attachement à ses opinions, que celui de ce prélat.

Un an après qu'il eut lu son livre et son Apologie, un religieux très vertueux, qui était en très grande considération dans leur ordre et qui depuis est mort saintement, vint demeurer en la maison où il était, et comme il était disciple de saint Augustin, le P. Gaborens eut le bonheur de conférer souvent avec lui. Cette rencontre, qui lui fut heureuse, le rendit encore plus suspect qu'il n'était, et l'exposa davantage à la persécution. Depuis ce temps-là, on lui fit toujours la guerre; on lui reprocha qu'il ne suivait pas les autres ; on lui représenta que ses sentiments lui feraient tort; on lui dit qu'il ne serait pas considéré parmi les siens, s'il ne les changeait; qu'on l'empêcherait d'être lecteur en théologie quoique depuis on n'ait pas laissé de lui donner cette charge. Un des principaux de leur corps allant à Rome le menaça qu'on y ferait un décret dans un chapitre général ; mais il s'éleva au dessus de toutes ces menaces, étudia avec assiduité parmi les contradictions et les persécutions qu'il souffrait, même de la part de ses frères; et quelques occupations qu'il eût, pendant six ou sept années, il n'y en eut aucune qui l'empêchât de vaquer

auteur de nombreux traités de théologie, notainmeat sur le libre arbitre et la prédestination. Il mourut curé de Saint-Jacques de Louvain eu 1635.

à la prière et à la lecture de l'Ecriture sainte, des conciles et des Pères.

Il décrit la peine qu'il ressentait de se voir ainsi maltraité dans son ordre, tant par ses supérieurs que par ses inférieurs, se voyant ainsi pressé de sa conscience, et d'abandonner ce qu'il estimait être la vérité de la foi, et de l'autre part, se voyant exposé aux persécutions de ses frères, et privé de toute sorte de consolation et de liberté, et se voyant un sujet de risée et de moquerie, toutes les fois qu'on remarquait quelque parole dans les livres spirituels qu'on lisait, ou à l'Eglise, ou dans la méditation, ou pendant les repas, qui étaient contraires à ses sentiments, ou en vérité ou en apparence. Etant ainsi abandonné dans sa retraite, il mettait tout son refuge et toute sa confiance en Dieu, pour la gloire et la cause duquel il croyait être maltraité, et eût voulu souffrir davantage qu'il ne souffrait. Ne trouvant personne avec qui il pût communiquer, ses entretiens étaient avec les morts, et il y trouvait la vie.

Cependant, comme il faut toujours se défier de soi-même, en quelque état de sûreté que l'on pense être établi, il demandait incessamment à la divine bonté qu'elle ne permît pas qu'il s'aveuglât en suivant comme véritables des sentiments que ses Pères rejetaient et maintenaient lui être particuliers. Car ils lui demandaient sans cesse s'il voulait être seul à soutenir Jansénius; ils lui disaient qu'il était proscrit à Rome; qu'il était abandonné de tout le monde; qu'il n'y avait presque plus personne qui l'osât défendre. S'entretenant de toutes ces choses en la présence de Dieu, il eut la pensée qu'il ne devait point s'attacher à son opinion, qu'il pouvait être trompé, ou en ne comprenant pas assez saint Augustin, ou ayant trop d'affection de ce Père, et qu'il fallait qu'il allât â Paris pour ce dessein. Il y alla donc en l'année 1651, après avoir pris la bénédiction de son supérieur. Il se recommanda aux prières des religieux, et principalement à deux bons frères en qui il avait une confiance particulière, et qui dirent tous les jours pour lui le Veni Creator, pendant qu'il demeura à Paris. Il prit plusieurs passages, tant de l'Écriture que des Pères et des docteurs, nommément de saint Augustin, de saint Bernard, du Maître des sentences, de saint Thomas, de Scot, qu'il croyait être conformes à saint Augustin dans les principaux

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