‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 451 sur 522 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

en reconnaissant le péché originel sans en reconnaître les suites et les effets pernicieux. Et comme une erreur est ordinairement la suite et l'effet d'une autre, il déclare que l'aveuglement où il était l'avait rendu ennemi passionné de trois hommes illustres, savoir : Jansénius, évéque d'Ypres, M. l'abbé de Saint-Gyran, et M. Arnauld.

Quoiqu'il n'eût pas encore lu le livre de la Fréquente communion, néanmoins en ayant ouï parler très désavantageusement par plusieurs ecclésiastiques et plusieurs laïques qui pour la plupart ne l'avaient pas lu non plus que lui, il se laissa prévenir de telle sorte, et entra dans un zèle si aveugle et si amer qu'il prit la liberté d'attaquer la personne même de l'auteur, sous prétexte d'attaquer les erreurs et la mauvaise doctrine qu'il supposait être contenuesdans son ouvrage, et s'abandonna à sa passion d'une manière si étrange, qu'en prêchant lejour du Saint Sacrement, il nomma cet auteur en chaire, le faisant passer pour un homme ennemi delà piété et de la sanctification des âmes, tâcha de persuader qu'il détournait les chrétiens de la fréquente communion, et dit en cette rencontre tout ce qu'il pensait être propre à le rendre odieux.

Néanmoins, ce livre pour lequel il avait toujours eu quelque curiosité lui étant tombé entre les mains, il reconnut par sa lecture le contraire de tout ce qu'on lui en avait dit. Il reconnut que l'auteur blâmait seulement le mauvais usage des sacrements; qu'il contenait de saintes instructions, solidement appuyées sur la pratique ancienne de l'Eglise et sur la doctrine et les sentiments des saints Pères, et qu'il était rempli de conseils très utiles et très importants pour la correction des mœurs et l'avancement des âmes. Ses yeux s'ouvrirent pour y voir toutes les maximes de la véritable pénitence et pour y apprendre quelle est la voie la plus assurée pour arriver à une conversion solide et à une parfaite sainteté. Il reconnut par sa lecture que le zèle n'est pas toujours accompagné de science, et que l'opinion qu'on a de bien faire n'est pas toujours équitable. Il pensa donc que pour réparer sa faute il devait témoigner dans toutes les occasions l'estime qu'il faisait de ce livre. Il en fit usage dans la direction des âmes, il reconnut par expérience de quelle importance et de quel fruit étaient ces saintes vérités, et plusieurs personnes

lui déclarèrent que, s'il ne leur eût différé l'absolution selon les règles qui y sont prescrites, elles seraient demeurées dans leurs désordres, et auraient toujours abusé des sacrements.

Il reconnaît de bonne /oi qu'après cela il devait être plus retenu à ajouter foi aux accusations dont il voyait que l'on chargeait des personnes qui lui étaient inconnues ; mais il était toujours prévenu contre M. de Saint-Cyran, nouvellement sorti en ce temps-là de sa prison de Vincennes, et, ayant trouvé dans un monastère l'extrait de quelques maximes que l'on disait avoir été tirées des livres de cet abbé, il les trouva fort étranges et fort scandaleuses, et depuis ce temps-là il les montrait en toutes occasions en parlant de la personne de l'auteur avec un étrange mépris, quoique ce qu'on lui avait fait voir ne fût que des extraits infidèles et malicieux dans lesquels on avait altéré ses pensées et corrompu ses meilleures propositions.

Mais les œuvres de ce célèbre ecclésiastique lui étant tombées entre les mains, notamment ses Lettres chrétiennes et son Catéchisme, il n'y rencontra que des sentiments très différents de ceux dont on l'accusait; que des propositions catholiques et très saintes; que de la piété, que de la sainteté, que des lumières, que de la force, que des avis salutaires et précieux pour l'usage des sacrements, ce qui le persuada de la malice et de l'infidélité de ceux qui avaient fait ces extraits*.

Avec tout cela, il conservait encore une fort grande préoccupation contre M. d'Ypres, sans en avoir rien lu, et, s'étant un jour rencontré avec un jeune homme fort habile qui lui dit qu'il croyait que le livre de cet évêque le gagnerait à la fin et lui ferait abandonner les sentiments des Jésuites, il rejeta quelques propositions de ce livre que ce jeune homme lui expliqua, parce qu'elles étaient contraires à sa philosophie et à sa présomption, et soutint qu'elles étaient opposées à la foi et au sens commun.

Néanmoins, ayant trouvé à son retour à son couvent dans Grégoire de Rimini*, Driedo* et Estius, des opinions

1. Ces derniers mots, depuis ce qui le persuada, ne sont pas au ms.

2. Grégoire de Rimini ou d'Arimiui, général de» Augustins et savant théologien du xiv« siècle, enseignait dans l'Université de Paris, où il fat surnommé le docteur authentique. Il mourut en 1358.

3. Jean Dridoens ou Driedo, théologien flamand du xvi» siècle, est

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