LIVRE Vil
s'instruire de la vérité, ils le rejetèrent ; ils lui dirent que son provincial le devait mettre en prison; que sa conversaion était dangereuse ; qu'il infecterait beaucoup de personnes si l'on n'y prenait garde. Gela l'obligea de chercher hors de la foule des maisons religieuses ceux qui étaient reconnus parmi les ecclésiastiques de Paris pour être les véritables et sincères disciples de saint Augustin.
Il conféra donc avec M. de Sainte-Beuve, qui lui expliqua ses difficultés avec tant de netteté et avec de si bonnes raisons qu'il en demeura satisfait, aussi bien que le religieux qui l'accompagnait et qui étudiait en théologie Cela lui donna le désir d'entendre quelques-unes de ses leçons, et pour cet effet il alla deux fois en l'école de Sorbonne. La première fois, ce professeur montrait que toutes les œuvres qui ne sont pas faites dans l'esprit de la foi ni référées à Dieu étaient des péchés, et qu'il n'y avait pas de véritables vertus dans les infidèles; la seconde fois, illui entendit éclaircir une censure qui était dans les actes de Sorbonne, qui n'a pas les conditions d'une véritable censure, et M. de Sainte- Beuve faisait voir que^ quand elle aurait été faite dans toutes les formes, elle ne prouverait rien contre la doctrine de saint Augustin, n'ayant été faite que contre Luther et Calvin qui disent que, même avec la grâce, le librearbitre ne peut que pécher, et n'observe point la loi de Dieu.
En attendant l'arrivée de M. de Sainte-Beuve, il eut conférence avec quelques-uns de ses écoliers, qui montèrent sur les bancs pour le venir écouter, et s'étonnèrent de voir un homme de sa profession parler si hautement en faveur de la doctrine de saint Augustin; et la circonstance du lieu, où l'on voit si rarement des gens de sa condition, contribuait beaucoup à le faire considérer davantage.
Il parle aussi de la satisfaction qu'il eut dans la conversation d'un homme qu'il connaissait de réputation et qui était devenu illustre par les persécutions qu'il a souffertes pour la défense de la vérité et la prédication de l'Évangile. C'était le P. Des Mares, dont il ne put se séparer sans douleur. 11 vit aussi particulièrement M. l'abbé Le Roy, et lia avec lui une amitié' fort étroite. Il salua M. Arnauld
i. Ms. : habitude.
dans sa retraite, et retourna enfin chez lui par les diocèses de Chartres et d'Orléans,
A. son retour il dressa quelques mémoires de son voyage, et M. l'abbé Le Roy ayant pris le soin de les revoir et de les polir, on les imprima en cette année 1652, sous ce titre : Discours d'un religieux, professeur en théologie, sur le sujet d'un voyage qu'il a été obligé de faire d Paris d l'occasion de la doctrine de la grâce; avec une Lettre importante du cardinal Baronius^ sur les sentiments de Molina, jésuite, qui n'^avait point encore été imprimée, et dont on a conservé l'original. Cette relation fut d'autant plus agréable qu'elle paraissait nouvelle, n'y en ayant encore eu aucune qui eût paru [ayant] pour sujet un voyage de Paris entrepris pour l'éclaircissement des matières théologiques.
La lettre de Baronius qui y est insérée est écrite de 1603, dans laquelle ce cardinal dit avoir lu les livres de Molina avec indignation et avec horreur, à cause du mépris qu'il fait de saint Augustin. Son sentiment est que l'Eglise catholique n'a pas besoin du livre de ce jésuite.
Mais si le P. Gaborens était persécuté dans son ordre avant la publication de cette relation, on peut juger qu'on l'épargna encore moins, lorsqu'elle parut en public; quoique la prudence lui eût fait supprimer son nom, et celui de plusieurs personnes avec lesquelles il avait traité de cette matière dans Paris et aux environs. Mais sa piété le mit à couvert, et sa sincérité fut estimée de toutes les personnes équitables.
CHAPITRK XÏV
Insolence d'un avocat d'Avignou, de la cougrégaliou des Jésuites, contre le respect et l'autorité de son archevêque.
Pendant le mois de mai de cette année 1652, les Jésuites d'Avignon, qui étaient mal satisfaits de Messire Dominique de Marinis*, leur archevêque, à cause que sept ou huit
1. César Baronius (1538-1607), disciple de saint Philippe de Néri, et son successeur comme général de l'Oratoire, est auteur des Annales ecclésiaslir/ues et du Martyrologe romain. Il fut créé cardinal en 1596 par Clément VIll dont il était le confesseur.
2. Didier de Marinis (1599-1669), prit en entrant chez les Domini-